On parle d’elle depuis des mois mais elle ne s’était jamais exprimée. Elle parle ce matin pour la première fois : la réforme des retraites est dans notre studio !

Ha ça vous la coupe de me voir en vrai hein ? Mais alors, si vous me voyez complètement floue c’est normal, moi-même je ne me trouve pas très nette. Mais cette fois c’est moi qui ait le crachoir ! Parce que je vous entends parler de moi tous les matins depuis… oulalala ! Depuis l’époque où je ne n’étais encore qu’un projet de loi (l’époque de l’insouciance.)

Mais aujourd’hui ? Vous croyez que c’est facile vous de se faire traiter de « mal foutue » ? D’ « injuste » ? De « texte à trous » ? … De se faire défendre par un type comme Gilles Le Gendre ? Il vient ici tout à l’heure, à 8h20 ? Ouais ben faites gaffe, il va vous dire que je rends le système des retraites plus équitable. Vu comment je suis foutue je ne risque pas d’y arriver ! C'est pas de ma faute si mes parents m'ont conçue à la va vite entre deux apéros. Je fous encore plus la trouille que le coronavirus… parce que lui au moins t’es pas sûr de l’attraper.

Résultat, partout où je vais, je me sens rejetée

Même ici ce matin. Je vois bien que tout le monde me regarde de travers... Bon à part Dominique Seux, lui quand il m'a vue arriver dans le couloir, il m’a fait un clin d'oeil. Coquinou va !

Et puis vous avez vu, j’ai déclenché un de ces foutoirs dans la rue et à l’Assemblée ! Deux français sur trois veulent me passer au référendum, le gouvernement veut me faire passer au 49.3. Chuis grillée des deux côtés ! Et comme si ça ne suffisait pas comme humiliation, vous savez combien ils m'ont mis d'amendements cette fois-ci ? 40.000 ! Oui 40.000 retouches. Je vais ressortir de là je vais ressembler aux Bogdanov… après un accident de bagnole ! Alors je ne dis pas qu'au départ j'étais un top model hein, mais quand même !

J'ai senti très vite que ça allait mal tourner. Déjà lorsque j'ai vu le type chargé de s'occuper de moi, j'étais pas sereine. Jean-Paul Delevoye... Il n’était jamais à la maison celui-là ! Toujours un truc à faire... J’envie tellement la vie pépère des petites réformes. Parfois je rêve d'être une réforme écologique ! Ca va, tranquille, elle n’a rien faire d’ici 2040.

De toute façon les autres réformes me détestent, elles me reprochent de bloquer le passage... Parfois je me dis que tout est foutu pour moi ici. Il faudrait que je contacte Manuel Valls, pour voir s'il ne me pas me faire passer en Espagne. Mon seul refuge c'est au siège de la CFDT. Ils sont sympas, ils m'ont installé un petit lit de camp pour que je puisse aller m'y reposer de temps à autres.

Je vous jure mon quotidien n'est pas facile. Souvent je me dis "Vivement la retraite"… puis après je pense à moi et je me dis « Non en fait ».

  • Légende du visuel principal: Charline © Radio France /
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.