des magasins de bricolage franciliens défient l’interdiction d’ouverture dominicale
des magasins de bricolage franciliens défient l’interdiction d’ouverture dominicale © reuters

Enfin je retrouve la France dans ce qu'elle a de plus noble : son caractère révolutionnaire. La rébellion, l’insoumission au service du progrès de la société... Et dans la France de 2013, le nouveau rebelle, c'est... le magasin de bricolage !

L'ouverture de Castorama le dimanche, en Ile-de-France, c'est bien sûr un combat d'unité nationale. A Marseille, Brest ou Strasbourg, on se sent très concerné. Prenons un exemple, tiens... Georges, qui passait le week-end dans le Calvados... il a tenu à soutenir la lutte.

Hier matin, au petit-déjeuner, il a crié à travers la cuisine: « Liliane, fais les valises, on rentre à Paris ! Je vais acheter un tournevis chez Leroy Merlin ! » En France, acheter un tournevis le dimanche est devenu un acte militant.

Si tous les damnés de la terre se levaient pour aller acheter de la laine d'isolation le dimanche après-midi, nous pourrions vivre dans un monde apaisé.

Il y a juste une chose qui m'inquiète. Vous connaissez la réputation du bricoleur du dimanche : c’est précisément le jour de la semaine où les urgences travaillent en sous-effectifs. Toute cette histoire va nous réveiller l'urgentiste Patrick Pelloux… C’est bien la preuve qu’il s’agit d’un débat qui concerne l’ensemble de la société.

Et surtout… surtout… l’avantage de ce dossier brûlant, c’est qu’il nous a permis de découvrir l’existence d’une ministre : Sylvia Pinel, ministre de l’Artisanat, du commerce et du tourisme. C’est fou, un an et demi après, on découvre encore des ministres. On ne sait pas où ça va s’arrêter…

Mais ce débat sur le travail dominical ne serait pas arrivé sur la table s'il n'y avait, à l'horizon, les municipales... Et c'est là tout l'intérêt de ce type d'échéances : ça permet de mettre en lumière un sujet qui est étouffé le reste de l'année. Rappelez-vous, la dernière présidentielle : elle avait permis de mettre en exergue l’épineux problème du steak hallal dans les cantines, ou les horaires de piscine.

L’ouverture le dimanche sans autorisation préalable, c’est une révolution qui fait déjà tache d’huile. C'est en quelque sorte le printemps des Grands magasins. Le vent de contestation souffle même à l’intérieur des murs de la capitale : l'ouverture du Sephora des Champs-Elysées après 21 heures...

J'entends déjà ici et là : il est 20h55, « Je vais Che… Sephora ! » Et pourtant, si on veut être honnête, il était un tout petit peu incohérent d'aller chez Sephora à 23h30 pour acheter de la crème de jour.

Mais il paraît que les touristes achètent jusqu’à très tard dans la nuit. Et je pense qu’il serait plus prudent de ne pas les contrarier. Déjà qu’ils sont affamés parce que les cuisines des restaurants ferment à 22 heures, on ne va pas les priver de faire un peu de shopping… avant de se faire virer des cafés qui ferment à 2 heures du matin…

Vu sous cet angle, dans ce dossier, il y va de la grandeur de la France. Nicolas Sarkozy l'avait déjà signalé en son temps :

Preuve ultime que la question est grave, une réunion d’urgence sur le sujet a été convoquée ce matin, à Matignon, avec les ministres concernés.

Quant à moi, je vous signale que j’ai écrit cette chronique dimanche, au son de la nouvelle perceuse dont mon voisin a fait l’acquisition hier.

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.