Une personne est dans ce studio qui tient à rendre hommage à Jacques Chirac…

Bonjour. Je m’appelle Martine, et monsieur Chirac a beaucoup compté pour moi. Parce que grâce à lui, j’ai eu l’immense privilège d’occuper le poste… d’emploi fictif à la Mairie de Paris. En effet, je n’ai pas travaillé de 86 à 96, au terme d’un entretien d’embauche auquel je ne me suis pas rendue. Mon atout majeur pour le poste, c’est que j’avais bien pris soin de ne pas rédiger de CV et ça, je pense que ça a été décisif dans ma carrière. C’est comme ça que je suis devenue « chargée de mission » à la mairie de Paris. Quelle mission ? Alors ça, j’ai jamais su ! Mais chaque fin du mois, lorsque je recevais mon salaire, je ressentais une véritable passion pour ce métier que je n'exerçais pas.

Je dois à Jacques Chirac la plus belle partie de ma carrière : tous ces dossiers dont j’ignorais l’existence, tous ces collègues que je n’ai pas connus ! On était quelques-uns à avoir ce rythme de vie, vous connaissez la routine : « Pas de métro, pas de boulot,… gros dodo ». Il y a tellement de beaux souvenirs que je n'ai pas de cette époque. 

Dans ma famille on a toujours voté à droite. J'ai voté Chirac à chaque fois qu'il s'est présenté et même mon père a voté pour Tibéri, quatre ans après sa mort ! Inutile de vous dire que Chirac, je ne le croisais jamais pendant les heures de travail ! La seule fois où je l’ai rencontré c'était un samedi,… quand il a marié mon frère et ma belle-sœur.

Néanmoins, pendant les dix années à ce poste, j’étais parmi les plus assidues : on m'a même attribué le titre d'employée fictive du mois une bonne dizaine de fois ! Je ne comprends pas pourquoi on a fait tout un foin autour de ces emplois fictifs… on n’avait même pas droit aux tickets restos !

Et puis un jour j'ai atteint l'âge de la retraite. J'aurais voulu continuer mais il fallait céder ma place à des petits jeunes surtout qu’Alain Juppé avait lui aussi beaucoup d'amis à ne pas faire travailler... La retraite n’a pas été facile. Quand on a comme moi le sens du devoir non-accompli, on a du mal à accepter de devoir se retirer.

Alors j'ai organisé un pot de départ avec tous mes collègues de travail : mon facteur, avec qui je prenais ma pause clope tous les matins à 10h, Lulu le serveur du Canon des Gobelins et mon buraliste chez qui j'allais jouer au Loto l'après-midi. L’avantage, c’est que mon départ à la retraite n'a strictement rien changé à mon quotidien. Mais n'empêche que sur le coup ça m'a fait tout bizarre.

Ah ! Sous Chirac on ne nous demandait pas de travailler plus pour gagner plus. Grâce à lui certains on même pu prendre une retraite anticipée... à l'île de Ré. C'était le bon temps ! D’ailleurs, maintenant qu’il est devenu si populaire… j’en suis presque à regretter que mon emploi ait été fictif.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.