Je suis agriculteur monsieur Hulot, je ne fais pas de politique, et j’aime autant vous dire que je ne pensais pas qu’un jour, je dirais du bien de l’Europe. Mais là les messieurs de la commission, je dis chapeau d’avoir autorisé l’usage du glyphosate pour les cinq prochaines années.

Comme a dit le syndicat, très justement, c’est une décision qui est pragmatique.

Voilà, c’est le mot « pragmatique ». Comme quoi, on n’est pas fermé d’esprit, d’habitude on n’est pas trop pour l’Europe, vous allez me dire « sauf quand ils donnent des subventions », mais les subventions on préférerait ne pas en avoir besoin, c’est certain, on les prend parce qu’on ne peut pas faire autrement monsieur Hulot, on est pris à la gorge… C’est sûr qu’on milite plutôt pour des solutions nationales, d’habitude alors que c’est plutôt les hommes politiques qui veulent de l’Europe mais là avec le glyphosate nous autres agriculteurs traditionnels on est plutôt d’accord avec l’Europe et vous voulez une solution nationale. On dirait qu’on ne pourra jamais être d’accord. 

Parce que attention quand je dis « traditionnel » ça veut pas dire rétrograde au contraire nous on est pour l’avenir, une agriculture du modernisme, de la technologie… Quand je suis sur mon tracteur, monsieur Hulot, j’ai l’impression de conduire un avion à réaction,  tellement qu’il y a de boutons, d’informatiques, c’est un vrai ordinateur que j’ai dans le cockpit.

 A l’occasion, monsieur Hulot, je sais bien que vous vous voyagez plutôt en hélicoptère, vous, mais passez le voir mon tracteur. Enfin je dis « mon tracteur »… Pour l’instant c’est plutôt celui du Crédit Agricole vu qu’il est pas fini de payer et qu’il n’est pas prêt d’être fini de payer.  J’aime autant vous dire, il y a les traites qui tombent tous les mois…C’est un Ferguson, il y a quand même 240 chevaux sous le capot si c’est pas plus, il y a toute l’électronique là-dedans, il y a tout, y a des programmes là-dessus, faut voir, pont avant suspendu, suspension de cabine mécanique ou électro-hydraulique, ventilation à huit vitesses, y a tout un tas d’options… C’est ce que j’ai dit au gars du Crédit Agricole, je m’en servirais jamais. Il m’a dit  monsieur Morel, vu votre exploitation qui est petite pour le moment donc exponentielle, c’est ce qui m’a dit, « exponentielle », le Ferguson, c’est la solution pragmatique. Il a bien employé le mot « pragmatique ».

C’est sûr qu’avec un tracteur pareil, avec les remboursements, faut quand même faire du chiffre, c’est pour ça que le glyphosate, on a pas le choix, c’est indispensable à l’heure actuelle…

Bon,… je discuterais des heures avec vous monsieur Hulot, parce que vous êtes intéressant et ma femme loupait jamais une de vos émissions. Vous et Julien Lepers, vous étiez ses chouchous. Si, elle était encore là, je vous demanderais un autographe. Hélas, elle travaillait chez Férodo. L’amiante, elle en est morte. Le larynx… A l’époque, c’était critiqué par certains, comme on disait, qui sont bons qu’à critiquer. 

Mais, qu’est-ce que vous voulez, fallait bien travailler. A l’époque, tout le monde le disait, le patron, les responsables, tout le monde…, l’amiante, c’était déjà la solution pragmatique.

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