Le 1er janvier 2022, souvenez-vous, on avait peine à se souhaiter la bonne année. L’année 2021 avait été si idéale qu’on se doutait bien que l’année à venir ne pourrait être aussi parfaite.

Chaque jour de l’année 2021 avait été une bénédiction, au point qu’on se demandait quand s’arrêterait une pareille félicité, le bonheur sans nuages risquant à la fin de devenir lassant. 

Cet enchantement continu avait quasiment commencé sur France-Inter par une chronique à 9 heures moins cinq, en forme d’uchronie qui avait d’abord laissé les auditeurs perplexes supposant qu’elle ne pouvait sortir que de l’esprit fantaisiste d’un innocent, ravi de la crèche. 

Mais très vite, et à la surprise générale, on s’aperçut qu’effectivement les bonnes nouvelles, chaque jour de l’année 2021, s’enchainaient les unes après les autres avec une régularité telle que les habituels porteurs de mauvaises nouvelles sollicités par toutes les chaines d’informations furent obligés de mettre la clé sous la porte. 

Le vaccin contre le Coronavirus fut un succès total. L’épidémie régressa au point de disparaître totalement et de n’être plus qu’un mauvais souvenir. Les femmes enfin purent se remettre du rouge à lèvres, les hommes à becs de lièvres 

durent à nouveau se faire pousser les moustaches. Les masques tombèrent et les sourires réapparurent. 

Le monde artistique connut l’habituel regain d’activité et d’inspiration qui suit les guerres. Les films « Le confiné», « Le retour du confiné », « Le confiné de Saint-Tropez », « Le confiné et les extraterrestres », « Le diner de confinés » furent les grands succès qui dopèrent l’activité cinématographique, tandis que sur les boulevards la pièce « Ma femme a racheté du PQ » amorça à Paris un triomphe international, le rôle de Chantal Ladesou repris sur Netflix par Nicole Kidman. Au Théâtre de l’Odéon, à la Colline, on présenta, pour un public averti, des spectacles exigeants, sombrement intitulées « La Pandémie », « Après le couvre-feu ». 

Les Etats-Unis, après le débarquage de Donald Trump, se transformèrent en modèle démocratique. Les dictateurs un peu partout dans le monde tombèrent les uns après les autres, remplacés par des républicains de bonne volonté. Partout dans le monde on respira mieux. 

D’ailleurs, le réchauffement climatique, par enchantement, recula. 

La mise en service des TGV à pédales, fut reportée, à cause du manque de performance en terme de vitesse, mais les recherches étaient prometteuses. Les hommes d’affaires savaient 

que bientôt leurs déplacements pourraient coïncider avec l’entretien de leur corps. La SNCF avait déjà trouvé un slogan « Avec le TGV, je garde la ligne de chemin de fer ». Les avions transatlantiques pliables n’étaient pas non plus encore tout à fait au point mais les perspectives étaient encourageantes. 

C’est pourquoi ce 1er janvier 2022, chacun, dans le secret de son cœur inquiet se demandait « Et maintenant, qu’est-ce qui va nous arriver ? »

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