Ce matin, François rend hommage à Anne Sylvestre

C’était le genre de femmes qu’il ne fallait pas emmerder. A qui l’on ne faisait pas faire ce que l’on voulait. Qui n’aurait jamais écouté les directives d’un directeur artistique. À qui l’on n’aurait jamais osé dire ce qu’elle devait chanter, comment elle devait se coiffer, s’habiller, remodeler son visage, composer son récital. C’était le genre de femmes qui n’était pas facile, jamais complaisante, pas polie, pas commode, incapable de petitesses ou de compromissions.

C’était le genre de femmes qui était libre. 

C’était le genre de femmes qui chantait le féminisme, avec force et passion. Qui avait des convictions et  qui dès 1973, préparait le terrain du combat de Simone Veil en chantant « Non, non tu n’as de nom ». 

C’était une personne de passion, de rire, de colère, de tristesse, de paroles, de musiques, de chansons, exigeante, intransigeante, dont le portrait serait forcément incomplet si en le dressant on oubliait le mot « dignité ». 

C’était le genre d’artiste qui s’intéressait aux autres, qui allait les découvrir dans les petites salles, qui connaissait leur répertoire, sinon par cœur, au moins par le cœur.

C’était le genre de chanteuse devant qui l’on devait soigner ses compliments.  

Non, elle n’était surtout pas un Brassens en jupon. Aurait-on dit de Brassens qu’il était une Sylvestre à caleçon? C’était le genre de chanteuse à qui l’on avait intérêt de ne pas dire qu’elle était du niveau de Léo Ferré. D’ailleurs, elle n’aimait pas Léo Ferré même si c’était une habituée de son Forum à Ivry.

C’était le genre d’interprète qui ne supportait pas qu’on lui réclame ses chansons les plus connues.

Comme une mère qui aurait tendance à préférer ses enfants moins avantagés par la nature sous prétexte que sans doute ils avaient besoin de plus d’amour que les autres, elle préférait chanter ses chansons les moins chanceuses.

C’était le genre de femme dont le sourire était un cadeau. 

C’était le genre de femmes qui avait ses fidélités, 

à Roger Riffard et tous les autres, Bernard, Nathalie,  Yves,  Gérard,  Romain, Juliette, Gauvain, à tant d’autres, à des lieux où on la recevait comme ce qu’elle était, une grande dame de la chanson française qu’il ne fallait surtout pas considérer comme une grande dame de la chanson française, au Train Théâtre de Portes-Lès-Valence, aux Bains-Douches de Lignières, au festival de Barjac, à Brioux, aux Scènes du Golfe de Vannes où encore récemment elle chantait, à tant d’autres. 

C’était le genre d’artiste unique, enragée, blessée, dont les larmes n’étaient jamais de sensiblerie, dont le rire n’était jamais bas ? Que Juliette a joliment salué en twittant « au revoir sorcière ».

C’était une chercheuse qui ne s’endormait jamais sur les lauriers de l’habileté, dont le projet encore récent était de tenter d’écrire des chansons plus courtes.

C’était une chanteuse que l’on avait envie d’embrasser et qui mérite notre reconnaissance, une amie d’autrefois qui reste une amie de toujours, à qui l’on voudrait dire simplement dans un sourire « merci, merci  pour la tendresse ».

  • Légende du visuel principal: François Morel © Radio France /
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