2018 qui commence et déjà, une certitude : vous n’avez pas envie de vivre au présent. Ce n’est pas grave : réfugiez vous dans la commémoration, vautrez vous dans la célébration, blottissez vous dans le souvenir, il y a de quoi faire, vous avez l’embarras du choix.

Macron vous rend perplexe, votez de Gaulle ! 2018 est le soixantième anniversaire de la cinquième République. La guerre d’Algérie, le procès de la Garantie Foncière et les scandales immobiliers, Michel Debré qui déplace des petits réunionnais plus ou moins orphelins pour repeupler la Creuse. Pelotonnez-vous dans la douceur humaniste de ce passé magnifié.

La gauche vous désespère, le parti socialiste vous décourage. On peut vous comprendre. Cinquantième anniversaire de mai 68. Revivez le temps des slogans. Sous les années, la rage. Cours camarade, cours, le vieux monde est devant toi. Il est sépia. Il est jauni. Nos cœurs sont en barricade. Sous les pavés de nos désillusions, les plages de l’utopie. Papy Dany, raconte-nous quand on prenait ses désirs pour la réalité, raconte nous l’interdiction d’interdire. Soyons réaliste, nous demandions l’impossible. Les enfants non voulus, chevelus, poètes sont devenus mentons rasés, ventres ronds, notaires.

2018 qui débute et déjà une conviction, le désir fou de se recroqueviller dans l’histoire, de se replier dans les archives. L’armistice a 100 ans. Les gueules cassées rentrent chez elles quand elles ne pourrissent pas près des tranchées. Des millions d’invalides, peut-être huit,  des millions de morts, peut-être dix, civils et militaires, des millions de blessés, peut-être vingt. Quand on tue, on ne compte pas.  « Plus jamais ça ! » crient les pacifistes. 1918, la grande guerre finit. L’avant-guerre commence.

1938-2018, quatre-vingtième anniversaire du retour triomphal de Daladier et Chamberlain, partis à Munich pour sauver la paix. Bon anniversaire messieurs.

2018, année du centenaire d’un poète bien vivant, René de Obaldia chantre de l’enfance et de la fantaisie « Mon petit frère a un zizi et moi Zaza, je n’en ai pas, mon petit frère a un zizi et moi Zaza à l’endroit où c’aurait du été, que du vent, que du vent… »

1918-2018, si les vivants vous ennuient, célébrez les morts. Souvenons-nous des beaux centenaires. Suzanne Flon, Ella Fitzgerald, Ingmar Bergman, Nelson Mandela, Leonard Bernstein et Lucien Jeunesse « chers amis bon siècle ! »

2018, dans un hôpital, dans une clinique, naîtra sans doute une future Suzanne Flon, un nouveau Mandela. Je vous jure, je vous promets, ce matin même, sans qu’on le sache, est née quelque part une nouvelle Ella Fitzgerald qui demain saura nous dire The best is yet to come…

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