Le 16 mars 2020, dans une déclaration solennelle, le président Macron avait martelé « Nous sommes en guerre ». Comment raconter l’occupation du coronavirus sur la terre de France ? Comment dire ses héros et ses salauds, ses braves et ses médiocres ? Réponses cinématographiques de François Morel.

Le 16 mars 2020, dans une déclaration solennelle, le président Macron avait martelé « Nous sommes en guerre ». Aujourd’hui que les ravages du virus semblent s’éloigner, une question se pose : Comment aborder l’après-guerre ? Comment raconter cette période historique ? Comment créer une œuvre qui soit suffisamment forte, suffisamment fédératrice pour réunir à nouveau le peuple français ? Comment raconter l’occupation du coronavirus sur la terre de France ? Comment dire ses héros et ses salauds, ses braves et ses médiocres ?

Oui, comment créer une sorte d’œuvre patrimoniale qui sache évoquer la France sous l’occupation du Coronavirus, un peu à la manière de Jean-Pierre Melville quand il tourna L’Armée des ombres. (Sur la musique Armée des ombres, Eric Demarsan. Thème de Gerbier)

Premier plan, place de l’étoile, le désert… Pas une voiture, pas un vélo, pas un être humain. Puis, tout d’un coup, une armée de canards venus du Bois de Boulogne descend les Champs-Elysées…

Gros plan sur un homme. Je suggère Gilles Lellouche ou Jean Dujardin ou Guillaume Canet. Un grand. Il est sur son canapé. Il mange des chips. Il est allongé. Il regarde un film avec Louis de Funès. Tout d’un coup, il se gratte les testicules puis reprend des chips.

Coup de théâtre, Fin de la musique au bout de plusieurs minutes, l’homme se lève. La tension est à son maximum. Où va-t-il ? Que fait-il ? Il marche droit devant lui, dans le couloir de son appartement. Il va au cabinet. Au petit coin. Aux WC.

Là, dans un espace encore plus réduit, il se met à compter le nombre de paquets de papiers toilettes 

827. Il murmure le chiffre tout bas, 827, il est ému. Il a envie de pleurer. Il est celui qui aura permis à sa famille de garder toute sa dignité dans l’adversité. Il sait cependant qu’il n’a fait que son devoir. Le devoir d’un homme sur qui les autres peuvent compter.

Il va se rasseoir sur le canapé. Le film avec de Funès est fini. Il zappe. Il décide de regarder Affaire conclue. Il s’aperçoit que c’est une rediffusion. Il murmure, pour lui, cette phrase qui pourrait devenir historique

Pour les français, la guerre sera finie quand Sophie Davant enregistrera de nouvelles émissions

(Sur le thème de la musique de Armée des ombres. Thème de Gerbier)

Une femme apparaît. Dans la chambre à côté, elle faisait une sieste

Elle a les traits tirés. Sur la joue, la marque de l’oreiller. Une femme tendue, épuisée. Je pense à Mélanie Laurent. Peut-être Marion Cotillard, peut-être Léa Seydoux…

Elle est au bord des larmes. Elle a du mal à parler puis dans un souffle, elle dit : « y a plus de beurre ».

Gros plan sur l’acteur. Lellouche ou Dujardin ou Canet. Silence. Echange de regards. Tension palpable. Puis, il ouvre la bouche. Il dit « J’y vais ».

Il met trois slips, quatre pullovers, une combinaison de plongeur. L’actrice en larmes explose de douleur. « N’y va pas. N’y va pas Pierre. Tant pis. Il me reste de l’huile d’olive ». « J’y vais » répète l’acteur. « J’y vais Vanessa. Je dois y aller ».

Le couple, Pierre et Vanessa, pendant quelques instants, séparé par un mètre de distance, aimerait s’embrasser mais il ne peut pas. Il respecte les gestes barrières.

Pierre est devant le Coccix Market. Il fait la queue. Devant lui, à un mètre, un homme. Derrière lui, à un mètre, une femme. (Musique : Morton Gould L’armée des ombres / Les dossiers de l’écran)

Il saisit dans sa poche son téléphone portable. Il compose un numéro. Le téléphone sonne dans le vide. Gros plan dans l’appartement du portable de Vanessa qui vibre sur la table basse du salon. Vanessa sur le balcon fume une cigarette. Retour sur Pierre devant le Félix Potin. 

On l’entend murmurer « Vanessa, réponds-moi, je t’en prie Vanessa, réponds-moi. » Vanessa de son balcon voit enfin son téléphone vibrer. Elle se précipite sur lui, décroche. Gros plan sur Pierre « Ah Vanessa, enfin, tu es là. » « Oui, Pierre, j’étais là, sur le balcon, qu’est-ce qui se passe ? Que veux-tu me demander ? » Court silence. « Vanessa, le beurre ? Demi-sel ou doux ? »

Doux, répond Vanessa. Doux. Prends trois plaquettes. Pendant que tu y es, prend aussi deux trois paquets de papier toilettes

Fin du film. Attention, j’ai tout à fait conscience que le synopsis a encore besoin de travail… 

Nous avons une année pour mettre le scénario au point si on veut être prêt pour Cannes 2021

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