En juin dernier, j’avais reçu un courrier signé par un syndicat de l’Hôpital de Flers dans l’Orne pour exposer les difficultés que rencontrait le personnel hospitalier.

Je relève cette phrase : 

Le climat social et les maltraitances s’aggravent dans notre hôpital, nous craignons beaucoup pour la santé physique et psychique de nos collègues. 

Le 22 août dernier à l’hôpital de Flers, un cadre de santé s’est suicidé.

Le directeur de l’établissement a déclaré aussitôt : « Il y a une chose qui est certaine, c’est qu’il n’y a vraisemblablement pas de lien entre l’acte et le contexte actuel de l’hôpital. »

La phrase est curieuse parce que si une chose est certaine, ce n’est plus le moment d’évoquer sa vraisemblance. Si je suis si certain d’une chose, je suis au delà de l’idée d’évoquer sa simple probabilité. 

Si je dis par exemple « Il y a une chose qui est certaine c’est que je ne suis vraisemblablement pas un écureuil. » c’est que je ne suis pas tout à fait sûr de ne pas être un écureuil. Sinon je dirais « Il y a une chose qui est certaine c’est que je ne suis pas un écureuil » et le directeur de l’Hôpital de Flers aurait dit « Il y a une chose qui est certaine, c’est qu’il n’y a pas de lien entre ce suicide et le contexte actuel de l’Hôpital. »

Dans les mots du directeur de l'hôpital, il y a un doute sur l'origine du suicide

Mais ce n’est pas ce qu’a dit le directeur de l’Hôpital de Flers, il a dit « Il y a une chose qui est certaine, c’est qu’il n’y a vraisemblablement pas de lien entre l’acte et le contexte actuel de l’hôpital », c’est que même chez un monsieur qui a pour ordre de suivre les directives de l’Agence Régionale de Santé, de faire des économies sur tout, en supprimant des lits dans les services, en ne remplaçant pas le personnel manquant, il existe quand même au fond de son esprit, qui pourrait s’apparenter à une conscience, l’ombre d’un doute qui l’empêche de dire que ce suicide (qu’il dénomme acte comme si en utilisant l'euphémisme on rendait la violence moins visible), que ce suicide n’a rien à voir avec la politique générale de santé en France.

Pour avoir fréquenté récemment les hôpitaux en tant que visiteur, notamment l’hôpital de Flers dans l’Orne, je rappellerais la lettre du syndicat reçu en juin dernier « Le climat social et les maltraitances s’aggravent dans notre hôpital, nous craignons beaucoup pour la santé physique et psychique de nos collègues » et je  me permettrais de corriger légèrement la phrase en ajoutant « nous craignons beaucoup pour la santé physique et psychique de nos collègues ainsi que de celle des patients, des malades qui ne peuvent pas bénéficier des soins auxquels ils ont droit quand leur prise en charge est détériorée, quand les conditions de travail se dégradent, quand le climat social est si délétère." 

Le 22 août, à l’hôpital de Flers, un homme s’est tué sur son lieu de travail

Il s’appelait Christophe, il était marié, il avait 4 enfants. Il y a une chose qui est vraisemblablement certaine, c’est que sa famille mérite la compassion de tous et nos pensées les plus solidaires et nos sentiments les plus révoltés.  

  • Légende du visuel principal: François Morel © Radio France /
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