Aujourd’hui, je vais vous faire une chronique un peu spéciale. Une Beigbederie, c’est à dire une chronique écrite à la main, le matin même sur le chemin qui va de chez moi jusqu’à la Maison de la Radio.

C’est une chronique automnale, une chronique de novembre rédigée sur la ligne C du RER…

Mais ce matin, on m’indique « RER C, UN CORPS SUR LA VOIE A ÉTÉ DÉCOUVERT SUR LA VOIE ENTRE PORTE DE CLICHY ET PERREIRE . LA CIRCULATION EST INTERROMPUE ENTRE PERREIRE ET PONTOISE. »

J’aurais tant à dire, tant à écrire. Mais c’est une chronique pour rien, pour dire qu’on est en vie, comme jadis on écrivait des lettres à ses proches, pour le maintien de la relation.

Un jeune poète, à la fin du mois d’octobre, vient d’avoir 101 ans. Il s’appelle René de Obaldia. Il va quelquefois à la Brasserie « Chez Mollard » , face à la gare Saint-Lazare. Il commande des huitres et du vin blanc. Parfois, par hasard, une vieille dame le reconnaît et dit à son petit-fils « Regarde le monsieur, là-bas, c’est un poète. Il s’appelle René de Obaldia, il a écrit Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. Voici mes infints sans en avoir l’air le plus beau vers de la langue française. Ai eu ai in Le geai gélatineux geignait dans le jasmin Le poète aurait pu dire tout à son aise Le geai volumineux picorait des pois fins Eh bien non le poite qui a du génie jusque dans son délire D’une main moite a écrit C’était l’heure divine où sous le ciel gamin Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »

Aujourd’hui, c’est une chronique pour rien, une chronique comme ça. Dans mon sac, j’ai le dernier Jonathan Coe, je vais essayer de le finir assez vite pour le prêter à Antoine. Je suis sûr que ça va beaucoup lui plaire. Aujourd’hui, c’est une chronique à la va comme je te pousse, une chronique la tête en l’air.

C’est amusant d’écrire à la main, ça ne m’arrive pas si souvent. Je passe trop de temps devant les écrans. Finalement, on n’est même pas obligé de posséder un ordinateur pour écrire une chronique. Trois minutes, le temps sur une ligne de métro d’aller d’une station à une autre.

Aujourd’hui, j’aurais pu attiser les polémiques, les énervements, les violences. Sur les réseaux sociaux, cette chronique ne se remarquera pas. Elle parlait d’un poète et d’un livre qu’on aura plaisir à ouvrir à nouveau dès que ce sera possible.

Un jour prochain, peut-être, sans doute, on parlera d’autres sujets, plus lourds. J’avais une chronique de l’autre côté de la page, je la dirai un autre jour, ou jamais. Le voile, la pédophilie ou le lynchage médiatique, la tristesse. Ce ne sont pas les sanglots qui manquent.

Bonne journée les amis, bon vendredi.

En octobre prochain, un poète de 102 ans ira fêter son anniversaire à la Brasserie Mollard, face à Saint-Lazare « Regarde Timothée, dira la grand-mère à son petit-fils, le vieux monsieur là-bas, souriant et très chic, qui se ressert un verre de Sancerre, c’est un poète. C’est lui qui a écrit peut-être le plus beau verre de la langue française Le geai gélatineux geignait dans le jasmin. »

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