« La Bretagne sans permis » est un livre qui fait à la fois l’éloge de la Bretagne et de la VSP.

La Bretagne, vous voyez ce que c’est, c’est à partir de Rennes, ça va jusqu’à la rade, c’est plein d’ajoncs, d’hortensias bleus, de dolmens et de magasins Leclerc. C’est plein de rue de la soif, plein de bretons aussi qui regardent le ciel comme une promesse, l’océan comme un songe. C’est au bout de la France, ça fait comme un grand nez qui respire le large. La Bretagne est un pays de voyageurs. On s’y nourrit de galettes, de far, de chouchen, de kig-ha-farz et de légendes.

La VSP, vous voyez ce que c’est, c’est une voiturette qu’on trouve un peu partout, notamment en Bretagne, pour peu qu’on ne soit plus, pour une raison ou une autre, en capacité d’utiliser son permis de conduire, pour peu qu’après avoir fait la riboule on ait été obligé de souffler dans le biniou. La VSP est l’acronyme de « voiture sans permis ».

Yvon Le Men a écrit « La Bretagne sans permis » et c’est une ode à la lenteur. Une amie mienne, Juliette qui d’un prénom, le sien, a fait son nom d’artiste, un jour a noté justement cette phrase qui est toute une philosophie « La vie est trop courte pour aller vite. »

« La Bretagne sans permis » est un livre sorti aux Éditions Ouest-France et justement, en guise d’avant-propos, on trouve trois bouts d’articles parus dans Ouest-France qui se prononce en réalité Oueste-France avec un e à la fin d’Ouest parce que l’âpreté des côtes granitiques, la brutalité des vents marins, la rudesse des vies en mer n’interdisent pas une certaine féminité. 

Le premier article évoque une VSP appréhendée par des motards sur l’A10 parce qu’elle roulait à 50 kilomètres heure. Quand tant de voitures sont verbalisées pour excès de vitesse, les voiturettes à qui l’on afflige une amende pour cause de trop grande lenteur représentent une sorte d’aristocratie de la délinquance autoroutière. 

Le deuxième article rend compte d’une voiture sans permis arrêtée entre la Ciotat et Marseille (dans le cadre d’un contrôle routier classique de téléphone au volant) du fait que la conductrice transportait un poney blanc. « Cette dame très gentille, a parfaitement aménagé sa voiture en mini-van a indiqué le policier, le poney rentre par l’arrière et ressort par la portière avant-droite ». Notons que ni le poney, ni la conductrice ne téléphonaient, ce qui est un signe de civisme puisque la crainte principale quand on téléphone au volant est de perdre trois points sur son permis de conduire alors que la dame et le poney étaient dans la même exacte situation. Ni l’un ni l’autre n’en possédaient. Poney blanc, blanc poney.

Le troisième article évoque un fait-divers qui eut lieu en octobre 2019. Son titre « La voiture avait fait 20 kilomètres à contre-sens ». Sa conclusion : « Il ne se rappelle pas, non plus, pourquoi il n’a plus de permis. »

Mais je vous mettrais sur une mauvaise voie si je vous présentais ce livre comme un recueil de faits-divers amusants ou pittoresques. C’est une promenade dépaysante et douce, entre hier et aujourd’hui, entre humour et mélancolie, d’ailleurs le récit s’ouvre sur l’enterrement de Yann-Fanch Kemener, chanteur celtique. Yvon et Alexis dans leur VSP vont faire leur deuil en prenant la route, celle du souvenir, de l’amitié, de la poésie.

Permettez-moi un souvenir personnel. En 1978, je passais le permis de conduire pour la troisième fois. Au moment de me donner le papier qui attestait que j’avais finalement réussi mon examen, l’examinateur, accablé, me fit cette réflexion « Tenez, vous ne conduirez pas, vous roulerez… »

Peut-être est-ce en réminiscence de ce léger moment d’humiliation que j’ai pris un plaisir complice et solidaire à rouler sur les routes de Bretagne en compagnie d’Yvon Le Men dans son si joli livre « La Bretagne sans permis ».  

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