Jérôme Garcin dans Le Masque et la Plume, dimanche dernier, a attiré l’attention de ses auditeurs, dont je suis, sur le colloque consacré au film Les Tontons flingueurs organisé par l’Université Sorbonne Nouvelle Paris 3, colloque qui aura lieu les 13 et 14 novembre.

Mes activités diverses et notamment cabotines m’entraînant vers l’Occitanie, la Tour Magne, la Maison Carrée et le Théâtre Bernadette Laffont,  je serai absent, et je le regrette, et je le déplore, je ne pourrai pas participer à ce colloque mais j’aimerais ce matin apporter ma modeste pierre à cette construction en devenir. 

Les Tontons flingueurs de Georges Lautner est une œuvre essentiellement crépusculaire dont le point de départ, je le rappelle, est la mort, mort de Louis dit le Mexicain appelant à son chevet son ami d’enfance Fernand Naudin, ancien truand et nouvellement négociant de matériel de travaux publics à Montauban. 

Lautner, en privilégiant l’opposition Montauban-Paris élabore déjà un espace discontinu et archipélagique où le hiatus des lieux charpente le film qui nous montre une double déformation de sa réflexion sur l’altérité croissante d’une dialectique qui est, justement la forme la plus prégnante du discontinu fondée sur une distinction temporelle englobant le Mexique et Montauban.

Jean-Paul Sartre, dans l’introduction de son travail sur Flaubert ne déclarait-il pas que l’on entre dans un mort comme dans un moulin ? Eh bien,  c’est ce moulin précisément qui sera la visée de Théo, Tomate et naturellement des frères Volfoni, Raoul et Paul.

Articulant sur l’axe paradigmatique les allées et venues des frères Volfoni, entre probate et hyperbate, entre épanorthose et palinodie, l’écriture de Michel Audiard met en œuvre une psychologie plane dont l’affirmation paradoxale, précédée par l’incise méta linguiste, inscrit le dialogue dans un continuum spatiotemporel : « Il entendra chanter les anges le gugusse de Montauban. Je vais le renvoyer tout droit à la maison mère, au Terminus des prétentieux. »

Les Tontons Flingueurs présentent pour le critique l’avantage de thématiser la question de la continuité et de la discontinuité tout en exemplifiant elle même cette question parce qu’évidemment, quel que soit le personnage envisagé, l’œuvre est toujours ramenée au récit d’une conscience menacée d’effritement, de pulvérisation, de désintégration mais qui finit par constituer sa propre unité. « Je vais lui faire une ordonnance et une sévère. Je vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins de paris qu’on va le retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle. »

Dans cette perspective, le personnage de Maître Folace apparaît comme un sommet dans le postulat d’iconicité, qui permet de procéder à une herméneutique de la forme fondée sur une analogie entre le contenant et le contenu « Y a pas seulement de la pomme, y a autre chose. Ça serait pas des fois de la betterave, hein ? Si, y en a aussi. »

Voilà ce que j’avais envie de dire ce matin succinctement, je n’ai malheureusement pas le temps de développer, et c’est dommage, j’aurais pu disserter pendant des heures…

Colloque Tontons flingueurs. Ça se passe donc, mardi et mercredi prochain, à la Sorbonne, salle Louis Liard. Entrée gratuite, inscription obligatoire colloquetontons@gmail.com.

Vous me raconterez.

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François Morel
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