2019, une année de plus dans l’ère du poulet. Car je ne sais pas si vous le saviez mais nous vivons l’ère du poulet.

Non, je ne veux pas aujourd’hui parler des violences policières ou de l’aspiration sécuritaire généralisée mais de l’extraordinaire présence des gallinacées sur la planète Terre. Quand dans des centaines de milliers d’années, des paléontologues  feront des fouilles, à peu près n’importe où dans le monde, quelle que soit la région du globe, quels que soit le continent,  ils tomberont essentiellement sur des os de poulets. Des furculas, des bréchets et des ceintures scapulaires. Et ils s’interrogeront. Pourquoi, se demanderont-ils, nos ancêtres avaient  pour le poulet  cette passion absolue? Pourquoi tous ces ossuaires de gallinacées qui recouvrent la couche terrestre ? Pourquoi ?  

On se demande parfois, ce qu’on laissera à nos enfants ? Quel sera l’héritage qu’on transmettra à nos descendants. Ne vous posez plus la question. Dans des centaines de milliers d’années, quand il ne restera plus rien du mouvement des gilets jaunes, des œuvres de Jeff Koons et peut-être même du musée du Louvre, quand il ne restera rien des livres qui nous passionnent, des films qui nous enthousiasment, des musiques qui nous font vibrer, de nos baisers volés et nos regards échangés, de nos désirs et de nos espérances, de notre appétit de vivre et de notre soif d’absolu, il y aura toujours des os de poulets.

Les poulets pèsent à eux seuls trois fois plus que l’ensemble des oiseaux sauvages réunis voletant en ce moment dans le ciel. Il existe actuellement 23 milliards de poulets sur terre. 23 milliards de poulets qui seront morts, abattus pour être mangés dans moins de six semaines, ce qui veut dire que dans un mois et demi 23 milliards de nouveaux poulets qui seront morts et ingérés un mois et demi plus tard seront à nouveau remplacés par 23 milliards de poulets comme des armées successives mortes au combat du consumérisme de masse. Ah, si les poulets savaient s’organiser, ils pourraient se fédérer en syndicats, en ligues, en partis, ils pourraient devenir, (qui sait ?) les maîtres du monde, décider que le chant du coq serait facultatif ou mieux interdit à certaines heures trop matinales, ils pourraient convenir que la circulation du renard serait désormais surveillée, nécessiterait un passeport diplomatique délivré par les seules gallinacées compétentes, ils pourraient décréter qu’une véritable politique de réhabilitation des poulaillers les plus vétustes serait entreprise partout dans le monde, que la question de la qualité de la vie dans les poulaillers industriels serait mise sur la table…

Le problème est que la durée de vie d’un poulet est de moins de deux mois. Comment voulez vous engager des discussions quand on a une durée de vie si courte ?

Les coqs et les poules, les poulets bios et les poulets certifiés auraient besoin de temps pour se coaliser. 

Regardez la difficulté qu’a la gauche aujourd’hui pour s’organiser, ne serait-ce que pour exister aux prochaines élections européennes qui auront lieu dans quelques mois.

Le poulet, comme la gauche, semble n’avoir pour seule vocation que témoigner sans pouvoir prendre part aux décisions qui justement auront des conséquences sur  l’avenir de la planète.

C’est triste ? Ben oui, un peu.

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