Jean-Loup Chiflet est l’un des auteurs du siècle. Ne me demandez pas quel siècle. Les siècles sont arbitraires.

 Jean-Louis Chiflet se déplace d’un cocktail littéraire à l’autre dans des chaussettes excentriques, des pantalons rouges ou mauves ou violets et porte souvent un casque car il voyage essentiellement en scooter.

Jean-Loup Chiflet écrit des livres. En réalité, il écrit généralement toujours le même livre auquel il donne, à chaque fois, un titre différent selon qu’il est édité chez un de ces éditeurs pas assez regardant pour aller vérifier de près la concurrence. Parfois, le bouquin s’appelle Le Dictionnaire amoureux de l’humour, quand il est édité par Plon, parfois le Dictionnaire s’intitule Le Bouquin de l’humour, quand c’est « Bouquins » qui le sort.

Jean-Loup Chiflet fait très régulièrement paraître de nouveaux livres aux titres inédits. Si, entrant dans une librairie, vous réclamez dès votre entrée « le dernier Chiflet » puis, que vous musardez un petit moment entre les rayonnages de la librairie, à la recherche d’un vieux Vialatte, d’un récent Nothomb, d’un Bobin méconnu, il est très probable qu’à la fin de la visite le dernier Chiflet qu’on vous a mis de côté ne soit plus exactement le dernier Chiflet car entretemps un tout nouveau Chiflet est sorti, plus amusant, plus cocasse encore que le précédent.

Jean-Louis Chiflet est un compilateur. Il est spécialiste des listes. Son livre « Magasin pittoresque de la littérature française » est essentiellement constitué de listes : la liste des adresses des écrivains, la liste des pseudonymes des poètes résistants, la liste des dernières phrases prononcées par des écrivains juste avant de mourir. 

« Le Magasin pittoresque de la littérature française » est le meilleur moyen de briller en société. Il présente l’avantage de pouvoir faire son malin sans être tenu de se taper tous les grands chefs d’œuvre de la littérature française. 

Si vous êtes invité à dîner en ville, au moment des entrées, n’hésitez pas à interroger la maîtresse de maison : « Savez-vous que Marcel Proust habitait 9, boulevard Malesherbes dans le 17éme arrondissement de Paris ? »

Dès qu’on apporte le plat de résistance, évoquez justement Aragon, Éluard et Jean Tardieu qui dans les années de clandestinité se firent appeler jacques Destaing, Maurice Hervent, Daniel Thérésin.

Au dessert, juste avant de quitter la table, évoquez le mot de la fin d’ Alfred de Musset, mort à 47 ans « Dormir… enfin ! Je vais dormir ! »

Jean-Loup Chiflet, archiviste fou, logographe compulsif, annotateur dérangé ne se donne pas la peine d’écrire entièrement ses livres. Il en recopie une bonne partie dans des œuvres, heureusement de qualité, Patrick Rambaud, Jérôme Garcin ou Charles Dantzig.

Quelle heure est-il ? Il n’est plus temps de vous resservir un café, de vous confiturer une dernière tartine ou de vous laver les oreilles avec votre coton-tige désormais réutilisable et vendu au prix de 9,95 euros l’unité, courez dans une librairie et commandez sans attendre le dernier Chiflet en vérifiant qu’il s’agit bien du « Magasin pittoresque de la Littérature française » !

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