"Toi, le président du pays le puissant du monde, et moi celui du plus chic..." François Morel lit le brouillon d'un courrier du président de la République française. Un texte pas très éloigné d'une chanson de Joe dassin. Une complicité avec le président des Etats-Unis qui avait si bien démarré. Sa volte-face fait mal

Aujourd'hui je me contenterai en effet de lire un document que j’ai réussi à intercepter. Plus exactement une lettre que j’ai pu avoir en ma possession. Encore plus précisément le brouillon d’un courrier retrouvé dans la corbeille du Président de la République. 

Je ne vous dirai certainement pas comment j’ai réussi à l’obtenir. La protection de mes sources d’information, monsieur Fauvelle, est, ne vous déplaise,  irréfragable, indiscutable. Il se trouve par ailleurs que le petit cousin de ma belle sœur qui s’est remariée avec un certain Yves van der Smissen natif de Bruxelles après un parcours professionnel mouvementé est aujourd’hui, non seulement philatéliste et sex-addict mais huissier à l’Elysée, responsable parmi d’autres du protocole. 

Je me suis, pendant de longues secondes, peut-être huit, peut-être quatre, posé la question de la légitimité dont je pouvais me prévaloir en la matière. Avais-je le droit, m’interrogeais-je de dévoiler des propos, somme toute, intimes ?

 Je me suis dit également que ça me ferait une chronique toute faite pour un vendredi sans inspiration. Il s’agit d’une lettre adressée à un certain Donald…

« Donald, mon cœur est gros, mon cœur est lourd, mon cœur est blessé. Je t’écris de France, ce vieux pays que tu connais, ce vieux pays qui sent l’amour et le fromage, le sperme et la fantaisie, l’alcool et les crinolines.  Je pense à toi. Tu es si loin… C’était il y a à peine un mois,  et j’étais près de toi, tu étais près de moi. C’était hier, il y a quinze jours, il y a un siècle, il y a une éternité. 

Souviens toi Donald, souviens-toi nous deux, nos bises, nos étreintes, la main sur le genou, les regards, les clins d’yeux. Tu sais, je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là. C’était le printemps. Un printemps où il faisait beau. Une saison qui n’existe que dans le nord de l’Amérique. Là-bas, on l’appelle le printemps indien. Avec ta coiffure peroxydée, tu ressemblais vaguement  à une aquarelle de Marie Laurencin revisitée par Jeff Koons pour peu qu’on ait un peu d’imagination. Et puis aujourd’hui comme une maîtresse déçue tu te retires de l’accord sur le nucléaire iranien. Donald, ta volte face me fait mal. Tu me sembles si loin. Comme si l’un à l’autre nous étions étrangers. Comme si notre complicité, jamais, n’avait existé…

C’était hier, c’était il y a un siècle, c’était il y a une éternité, souviens-toi, tu époussetais de mon veston les pellicules et moi je riais et toi tu riais. Nous étions jeunes. Nous étions fous. Donald, oserais je te dire que parfois, ton affection presque, me gênait, me faisait rougir. Tu étais  à mon endroit plus prévenant que vis à vis de Melania. Notre intimité, notre extraordinaire singularité,  nous l’offrions à la face du monde,  toi le plus grand président du plus grand pays du monde, moi le président le plus jeune, le plus beau, du pays le plus chic, le plus cultivé, le plus sexy.

Donald, nos relations privilégiées seront elles désormais insuffisantes ? Faudra t’il revenir, comme dans l’ancien monde, aux tristes relations diplomatiques, réponds moi.

Où es tu ? Que fais tu ?

Est-ce que j’existe encore pour toi ?

Je regarde cette vague qui n’atteindra jamais la dune.

Tu vois, comme elle, je reviens en arrière.

Comme elle je me couche sur le sable et je me souviens des marées hautes, du soleil et du bonheur qui passaient sur la mer.

Il y a une éternité, il y a un siècle, il y a un an, il y a quinze jours. »

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