C’est tout ce qu’on ne peut pas prévoir. Dans les années 60, on imaginait le futur de façon extrêmement optimiste.

Avec l’avancée de la science, on ferait disparaître le cancer. Grâce à la généralisation de l’éducation, on supprimerait la guerre. On irait à New-York en une heure, à peu près le temps quand on est à Paris pour aller dans la forêt de Sénart. En fait c’est le contraire qui s’est passé : les jours de grand départ, on arrive dans la forêt de Sénart le temps de voler jusqu’à New-York.

Vous voulez une définition de l’avenir ? Je vais vous la donner. L’avenir, c’est l’inimaginable.

Par exemple, qui aurait pensé dans les années 60-70 qu’un jour la Cinémathèque Française, le temple de la cinéphilie, le sanctuaire d’Henri Langlois, rendrait hommage à Louis de Funès ? C’était impossible à prévoir pour ceux qui fréquentant les ciné-clubs savaient que Truffaut n’était pas seulement une jardinerie, que Tati n’était pas seulement une enseigne de vêtements bon-marché.

Pendant des années, justement, les deux seuls comiques français qui avaient droit à l’estampille « Bon pour la cinéphilie », c’était Jacques Tati et Pierre Etaix.

A part le public, personne n’aimait Louis de Funès.

Et puis, Valère Novarina est arrivé. Il écrit un texte paru en 1986 aux Editions Acte-Sud, réédité aux Editions POL  Pour Louis de Funès

Je vous lis un extrait : 

« Voilà l'acteur. Il est entré dans la solitude face à tous, il a franchi ses animaux, brûlé ses vêtements coutumiers. C'est un déshabillé qui nous parle. Louis de Funès, même tout couvert, on lui voit tout. Malédiction sur nous ! Qu'on lui lance un manteau ! Il n'y a rien de plus nu que l'acteur. Il n'y a pas d'état au monde plus nu, quand il a bien quitté l'humanité et qu'il est entré en solitude face à tous. Quand il a laissé mort son corps en coulisse, tombé. L'acteur n'habite pas son corps comme une maison de famille mais comme une caverne de hasard et passage obligé. C'est peut-être pour ça que les vieux acteurs sont sublimes plus légèrement : parce qu'ils ont déjà commencé dans leur corps le travail de séparation. »

Les gens de la culture, soyons juste,  n’étaient pas certains d’avoir tout compris mais, le genou à terre devant Novarina, enregistraient le fait qu’il ne fallait pas rigoler avec Louis de Funès et décidèrent, comme un seul homme, de le réhabiliter au point de lui consacrer 34 ans après la sortie du livre un hommage appuyé à la Cinémathèque.

Désormais, La Religieuse fréquente le Gendarme de Saint-Tropez, Le Corniaud et Pierrot-le-Fou font bon ménage. L’Amour est à mort et la Soupe est aux choux. Désormais avec Oscar, Fanny et Alexandre faites sauter la banque et tirez sur le pianiste. Publiez les bans : Le gendarme se marie avec la mariée qui est en noir !

Ne boudons pas notre plaisir ! De Funès est à la Cinémathèque. Les occasions de rire ne sont pas si nombreuses.

  • Légende du visuel principal: Ne boudons pas notre plaisir Louis de Funès est à la Cinémathèque © Getty / Sunset Boulevard/Corbis
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