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Une main au cul.

"La vraie vie, comme dit Arthur, était absente". Pendant les deux mois du confinement, elle avait décampé, uniquement occupée qu’elle était à compter le nombre de carreaux dans la salle de bain, le nombre de lattes dans le salon. Elle doit revenir la vraie vie en même temps que l’ancien président Giscard d’Estaing.

Une main au cul.

Depuis le début de la semaine, un remugle d’insecte brûlé, de choux de Bruxelles et d’œuf pourri traverse la France. Une pollution atmosphérique s’étend de Lille jusqu’à Nantes. Elle revient l’odeur de soufre en même temps que l’ancien président Giscard d’Estaing. 

Une main au cul. 

Tel est l’objet du délit.

Une main au cul et la vraie vie redémarre.

Giscard a la barre et l’aurait toujours selon une journaliste allemande.

Une main au cul, il est temps que les affaires reprennent.

Une main au cul. La France éternelle, celle des joyaux de la couronne et des diamants de Bokassa, celle de Panama et des Hauts-de-Seine, celle des emprunts russes et des frégates de Taïwan, celle des ballets roses, celle de la main au cul. 

Je ne commenterais pas les faits, ne les connaissant pas, les ignorant et l’on s’étonnera ici de mes pudicités d’antilope quand cette main au cul doit venir à point nommé pour alimenter la presse et les débats et les conversations et les polémiques.

Imaginez… Ivres de vengeance et de représailles contre le machisme ordinaire, le sexisme séculaire, le vieux système patriarcal, apparaitront celles et ceux qui, dans le même sac, mettent Henri VIII, Polanski, Wenstein, Barbe bleue, Woody Allen, Landru et Giscard.

Manifestation. Contre-manifestation. Déclaration. Proclamation. Révélation. Devant l’Académie Française, le Conseil d’Etat. Giscard démission ! Giscard en prison !

Une main au cul. 

Emoustillés par des souvenirs personnels et licencieux, pointeront le bout de leurs nez, celles mais surtout ceux qui dans le débat vont s’immiscer en minimisant. « Bah, une petite main au cul, une toute petite main au cul,  ce n’est jamais qu’une main au cul, une petite main au cul de rien du tout… »

Surgiront enfin celles mais essentiellement ceux, qui feront de cette main au cul une bannière, qui de la main de Giscard feront un étendard, qui, la main sur le cœur, feront de cette main au cul, un drapeau, tous les nostalgiques de cette époque si lointaine où l’expression même de « geste barrière » était inconnue.

« Cette main au cul, diront-ils, c’est notre patrimoine, c’est la plus haute expression de la tradition française, celle du badinage, celle de Beaumarchais et de Marivaux. Cette main au cul, c’est un sommet de l’esprit français, fi de cette société moderne asexuée où l’homme viril doit se cacher, doit avoir honte, fi ce cette société politiquement correcte, dirigée par des eunuques et des chapons ! 

Une main au cul, une simple main au cul vient d’apparaître, qui s’offre, leste et déconfinée, une main au cul et la vie repart. Une main au cul et déjà le masque et le virus ne devraient plus être les seuls sujets de querelle. Une main au cul et l’espoir renait. 

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