Ce matin, François rend hommage à Raymond Poulidor

Vas-y Poupou ! Vas-y Poupou ! 

Le nombre de fois qu’il a dû entendu ça… Tout le temps. À longueur de coups de pédales, de Tours, de grande boucle et de critériums, de Paris-Nice et de championnats, même sur le Milan-San Remo, même sur la Flèche Walonne et le Tour d’Espagne. 

Vas-y Poupou ! Vas-y Poupou ! Même pour rien, même comme ça, pour rigoler, pour dire bonjour, quand il était en train de pousser son cady sur le parking du Carrefour Market de Saint-Léonard-de-Noblat. 

Vas-y Poupou ! Et Poupou faisait un signe de la main. Merci les gars, merci pour la fidélité ! Une vie entière à être encouragé. 

Vas-y Poupou ! Vas-Poupou ! Par tous les temps, toutes les météos, sous le soleil qui frappe, la pluie qui tombe, la grêle qui transperce. 

Vas-y Poupou ! Vas-y Poupou ! Sur toutes les étapes, celle des cinq cols entre Briançon et Aix-les-Bains, au sommet du Puy-de-Dôme, dans l’ascension du col d’Aspin et sur le Paris-Nice, l’ultime étape, Nice-Col d’Eze quand le vieux Poupou de 36 ans s’envole et relègue le jeune belge de 27 ans Eddy Merckx à 22 secondes…

Vas-y Poupou ! Vas-y Poupou ! T’es le meilleur même quand t’es pas le meilleur. On parle de Merckx mais bien sûr le complice concurrent, l’adversaire acolyte, le faux-ami, le meilleur ennemi, c’est Anquetil, le flambeur, la Caravelle, le Chrono, le Maître, l’alter-ego. L’époque était binaire. La gauche, la droite. De Gaulle-Mitterrand. Bourvil-de Funès. Sheila-Sylvie Vartan. Roger Pierre et Jean-Marc Thibault. Poiret et Serrault. Antoine ou Johnny Halliday. Les temps sont devenus plus confus.

Vas-y Poupou ! Vas-y Poupou !

C’est ce qu’on criait, à côté de mon père le 2 novembre 1969, lors du critérium de la ville de Flers de l’Orne et c’est encore Anquetil, le mal-aimé, qui avait gagné et Poupou, victorieux dans la défaite, qui était arrivé même pas second, mais troisième, juste derrière Raymond Delisle qui était un peu la vedette de l’étape vu qu’il était bas-normand, d’Ancteville dans la Manche, pas loin de Coutances et qui en 2013, est mort pas loin de Saint-Lô, justement à Hébécrevon. Hébécrevon, c’est peut-être pas ce qui peut arriver de pire à un cycliste. Mais ça peut faire perdre de précieuses secondes… Hébécrevon, c’est peut-être pas ce qu’il peut arriver de pire à un homme puisque faut bien y arriver.

Vas-y Poupou ! Eh ben, il a fini par y aller Poupou, comme les copains, comme tout le monde, comme Anquetil et Roger Pingeon, comme Gimondi et Luis Ocana,  comme Louison Bobet et Fausto Coppi… Oui, il a bien fallu qu’il finisse par y aller, Poupou, au terminus des prétentieux et des modestes.

Vas-y Poupou ! 

Et il y est allé Poupou, en prenant son temps, en musardant. « Qui aime bien ses lunettes ménage sa monture », comme disait Pierre Dac, une autre idole de papa.

Tiens Poupou, plutôt qu’un Ave Maria, un Stabat Mater ou un chant grégorien, en guise de requiem, je t’offre du Yvette Horner, la grande Yvette qui monte sur le toit de la Traction Avant, aux couleurs de la réclame Suze. Elle s’est coiffé d’un Sombrero et rien que pour toi  mon Raymond, éternel Poupou,  elle interprète un grand succès du Musette…-

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