A partir de demain samedi, à l’instar des cinémas et des restaurants, les théâtres devront fermer à 21h.

Le président de la République s’est voulu rassurant en affirmant que des reprogrammations seront organisées. Comment ? C’est évidemment la question que se posent les professionnels du théâtre. C’est pour eux le moment de faire preuve d’imagination.

Quelques pistes de réflexions…

Les pièces en trois actes commenceront à 19H00, les deux premiers actes seront présentés de manière à ce que le théâtre puisse entièrement être vidé à 21h. Commencerait alors à partir de 21h un entracte qui prendrait fin à six-heures du matin, heure à laquelle rouvrirait le théâtre afin de permettre au public de savoir à la fin du troisième acte si Georges Dandin va continuer à être cocu ou pas, si Argan du Malade Imaginaire va finir bien portant ou pas, si Scapin sera pardonné de ses fourberies.

Vers 7h30, on s’arrangera pour que les acteurs saluent devant le public qui, naturellement devra éviter de leur faire un triomphe s’il ne veut pas être en retard sur son lieu de travail.

Cette piste de réflexion, cependant, n’est pas idéale puisque la règle des six (pas plus de six personnes dans les réunions, y compris en familles ou entre amis) ne pourra pas être respectée dans le cas où l’on jouerait ces pièces de Molière. Dandin compte 8 personnages, Le Malade 12 et Les Fourberies de Scapin 12 également si l’on compte les deux porteurs.

Il serait donc préférable pour les metteurs en scène à partir de samedi de programmer Samuel Beckett dont les pièces, et il faut le remercier, sont particulièrement adaptées aux périodes de pandémie. Fin de partie, 4 personnages. Oh les beaux jours, deux personnages dont un parfaitement muet qui ne risque pas de postillonner sur sa partenaire. La dernière bande, bel effort monsieur Beckett, un acte, un personnage. Même En attendant Godot pourra continuer à être joué normalement : six personnages. C’est parfait. La question reste de savoir si le public acceptera de revenir à 6 heures du matin pour être sûr et certain que  Godot n’apparaitra pas avant la fin de la pièce, le suspense étant largement émoussé.

La Commedia dell’ Arte pourrait, même au delà des quelques semaines de couvre-feu connaître un regain d’intérêt puisque pour jouer Arlequin, Pantalon, Matamore ou Brighella, le masque est déjà quasiment obligatoire.

Comme lors des rencontres sportives, on pourrait également demander aux acteurs de continuer à jouer dans des salles sans public dont on aurait précédemment enregistré les rires et les applaudissements. Double avantage : les spectateurs qui roupillent dès le début du spectacle pourront faire toute leur nuit chez eux, les comédiens qui ont des bambins ne seront pas obligés d’être présents à l’heure du bain et du diner des enfants.

Surtout, gens de théâtre, gardez le moral ! Souvenez-vous comment lors d’un des derniers couvre-feu de l’histoire,  au temps des ausweis, de la Kommandantur et des excursions avec cochon dans les valises entre le 45, rue Poliveau et la rue Lepic, la scène parisienne était florissante, dynamique grâce notamment à Claudel, Sartre, Cocteau, Guitry, Bourdet, Sarment, Anouilh, Montherlant ! 

Comme beaucoup se souviennent avec nostalgie des années 1940, bientôt, vous verrez,  nous regretterons les années 2020…

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