On dit qu’Alain Delon va recevoir la Palme d’Honneur du Festival de Cannes. Et sur la Croisette, on s’agite. On s’inquiète. On a peur.

Alain Delon sur la Croisette
Alain Delon sur la Croisette © AFP / Antonin Thuillier

On a raison d’avoir peur.

Car ce n’est pas Alain Delon qui va venir. C’est un loup sauvage, indiscipliné, une bête féroce  qui va sortir de sa tanière, un animal expressif, agressif, au comportement complexe, aux réactions imprévisibles.

Ce n’est pas Alain Delon qui va venir. C’est un chien farouche, insociable et misanthrope qui depuis longtemps a décidé du coin de campagne  où il sera enterré, parmi ses 30 chiens déjà ensevelis, ses 30 derniers amis. 

On dit qu’Alain Delon va recevoir la Palme d’Honneur du Festival de Cannes. Et sur la Croisette, on discute, on se rappelle, on convoque les souvenirs.

Mais ce n’est pas Alain Delon qui va venir. C’est un tout petit enfant qui fait la fierté de ses parents et qu’un jour on met en pension, quand l’amour est mort et que les parents ne s’entendent plus. C’est un enfant abandonné. 

Ce n’est pas Alain Delon qui va venir, c’est un enfant perdu. Un apprenti charcutier qui va passer son CAP. Un engagé volontaire pour qui l’honneur n’est pas une palme mais le respect de la parole donnée, la fidélité en amitié et la loi du silence. Un petit voyou qui a de mauvaises fréquentations. Un mauvais coucheur, pas sympathique, pas aimable, provocateur.  

Ce n’est pas Alain Delon qui va venir. C’est un boxeur qui, régulièrement, dit sa hantise, sa crainte, son angoisse de faire le combat de trop en venant à la télévision faire la promotion d’un combat de trop.

On dit qu’Alain Delon va recevoir la Palme d’Honneur du Festival de Cannes. Foutaises. Mensonge. Imposture. C’est un souvenir d’Alain Delon. C’est un fantôme d’Alain Delon qui ne vit plus que dans le cimetière du cinéma qu’il aimait tant et qui était sa vie.

Et tandis que le fantôme d’Alain Delon recevra sa palme, Alain Delon sur la Croisette s’éloignera en regardant la mer. Il pensera à ses amis disparus, à ses amours mortes. Une vieille larme de vieil acteur coulera sur sa vieille joue ridée. Il pensera à Romy, il pensera à Mireille. Il pensera à Visconti et à René Clément. A Jean-Pierre Melville et à Joseph Losey. Alain Delon, impeccable, affrontant l’océan, portera beau la mélancolie des disparus.

On peut rire. On peut se moquer. On peut se dire aussi, avec Gabin…  « C’est chouette les acteurs, c’est bath les acteurs. »

On dit qu’Alain Delon va recevoir la Palme d’Honneur du Festival de Cannes.

Félicitations monsieur. Passe le temps, restent les films. Et quoi qu’en dise Simone, la nostalgie est toujours ce qu’elle était.

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