Ce qui manque à France Inter pour devenir la première radio de France, en gros, c’est Niort.

La ville de Niort, chef-lieu du département des Deux-Sèvres, région Nouvelle Aquitaine. La ville de Niort compte 59.005 habitants. Ce qui manque à France Inter pour passer devant RTL, c’est 62.000 auditeurs. Oui, donc Niort plus deux communes avoisinantes, disons Saint-Symphorien et Saint-Rémy. C’est rien du tout ! Attention, je ne dis pas que Niort (plus Saint-Symphorien et Saint-Rémy) c’est rien du tout mais  avouez que c’est rageant de se dire que rien qu’avec Niort (plus Saint-Symphorien et Saint-Rémy), on pourrait afficher partout, sur les murs, sur le cul des bus « France Inter, la première radio de France !». Surtout qu’on n’a pas la chance tous les quatre matins qu’un ministre à l’antenne  vienne annoncer sa démission pour booster un peu les audiences.

Si j’ai pris Niort, oui plus Saint-Symphorien et Saint-Rémy, comme mesure de différenciation entre RTL et France Inter, c’est bien sûr à cause du livre de Houellebecq où il parle de Niort (notons qu’il ne mentionne ni Saint Symphorien ni Saint-Rémy). « Niort, écrit Houellebecq, une des villes les plus laides qu’il m’ait été donné de voir ».

Evidemment, les Niortais aussitôt se sont énervés, sont montés au créneau pour se révolter. Le député local a invité Houellebecq à sortir de sa bulle parisienne et à venir voir les niortaises et les niortais qui pourraient lui faire découvrir les richesses de leur ville.

Bon. Mais n’est-ce pas une chance pour Niort d’être mis en lumière par un auteur en vogue qui fait aussi bien la couverture des Inrockuptibles que de Valeurs actuelles? Le succès de Houellebecq montre que ce n’est pas la tendresse, la gentillesse et les villages fleuris qui attirent le public, c’est la description cynique et amusée de la laideur.  

Elus niortais, population niortaise, plutôt que de jouer les victimes mortifiées par une charge gratuite, saisissez la chance qui vous est offerte ! Communiquez sur la laideur de votre ville. 

Croyez-vous que les panneaux indiquant un des plus beaux villages de France intéressent encore qui que ce soit, à part peut-être deux ou trois fanatiques énamourés de Stéphane Bern. 

Communes, villes, cités, présentez-vous sous vos aspects les plus répugnants. Créez des associations destinées à promouvoir les arguments touristiques des communes riches du patrimoine le plus pauvre. Elisons « Le Plus Dégueulasses  Village de France », « La Ville de France la plus corrompue », « Le Bourg le plus abject », « La commune la plus commune ». Imaginez les disputes entre les villes compétitrices. « Nous, on a eu la piscine grâce à un marché truqué », « Oui, mais nous, tout l’argent pour les logements sociaux, on les a mis dans les ronds-points ! » 

Des Tour-Operators organiseraient des excursions pour montrer ici une école pleine de rats, là un immeuble qui d’une minute à l’autre pourrait s’écrouler ! Sortez vos téléphones portables et faites  des photos pour immortaliser l’ordure et l’infamie! Ici, la ville la plus pourrie de la région parisienne, avec ses magouilles. Avec un peu de  chance, on verra le maire et sa femme qui nous feront un doigt d’honneur !

Quand le beau ne fait plus vendre, valorisons le laid.

D’autant que le laid est assez drôle quand il est décrit par Houellebecq qui écrit des phrases aussi longues que celles de Marcel Proust mais dans lesquelles il emploie  plus souvent le mot bite même si ce sujet n’est sans doute pas absent des préoccupations de Marcel Proust, mais de façon plus allusive… 

Le narrateur de Houellebecq est un électeur de Wauquiez selon Griveaux. Il fume et roule au diesel. Il conduit une Mercedes G350 TD et soupire avec mélancolie « Je n’aurais peut-être pas fait grand chose de bien dans ma vie, mais au moins j’aurais contribué à détruire la planète. » 

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