Bonjour, je m’appelle Oscar et je suis un Basset des Alpes. Je vis en région parisienne avec mon maître et ma maîtresse dans une maison entourée d’un joli jardin.

(Ça, c’est ma force, je dirais, c’est mon petit plus, c’est qu’étant comédien, si vous voulez, j’ai un gros registre,  qui me permet de jouer toutes sortes de personnages les plus divers. Ce matin, j’ai décidé d’interpréter un Basset des Alpes.) 

Bonjour, je m’appelle Oscar et je suis un Basset des Alpes qui la plupart du temps reste dans sa jolie maison en région parisienne…

(C’est fou, la force d’évocation que je peux avoir, je préfère prévenir les standardistes de France Inter, je ne serais pas autrement surpris qu’ils soient submergés d’appels d’auditeurs stupéfaits qu’on puisse donner la parole à un chien à la fin du 7-9. Je préfère prévenir, il y aura, en gros,  deux sortes de réactions, ceux qui diront « bravo, c’est bien de laisser la parole aux animaux domestiques, on ne les entend pas assez sur le service public » et ceux qui diront « je pense qu’il y a des invités plus intéressant qu’un chien, fût-il Basset des Alpes, à recevoir sur une chaîne payée par nos impôts. Par exemple, Alain Finkielkraut n’a toujours pas été invité depuis le 19 mai 2020.)

Bonjour, je m’appelle Oscar et je voulais vous dire que j’avais passé dans ma jolie maison de la région parisienne un très bon printemps entouré de mon maître et de ma maîtresse.

(En réalité, le mieux, parce que je suis en train de réfléchir tandis que je vous parle, c’est de dire la vérité, non je m’adresse aux standardistes de France Inter, je pense que c’est mieux de dénoncer le procédé, dire « non, en fait, ce n’est pas vraiment un basset des Alpes qui parle, c’est un comédien qui joue le rôle d’un Basset des Alpes, De toutes façons, je pense que la plupart des auditeurs, parmi les plus perspicaces, auront vite découvert le pot aux roses et que par ailleurs, je ne voudrais pas être à l’origine de malentendus ou de confusion mentales chez les plus crédules)

Bonjour, je m’appelle Oscar et je suis un Basset des Alpes. Je voulais vous dire combien je regrettais le doux temps du confinement. Toute la journée, j’avais près de moi mon maître et ma maîtresse. Toute la journée, ils prenaient le temps de s’occuper de moi. Le matin, mon maître en jogging me faisait faire une promenade. En fin de journée, ma maîtresse, en tenue décontractée, me faisait faire le tour du pâté de maison. Depuis le déconfinement, je reste dans ma niche et mes maîtres ne me promènent plus.

Ah, que  revienne vite le temps du confinement quand nous autres les chiens étaient considérés.

(A ce moment là, si vous voulez, j’avais prévu de faire un parallèle avec tous ceux qui, occupant des emplois jugés subalternes,  sont souvent traités comme des chiens et qui auraient pu croire pendant le confinement que dans le monde d’après, une certaine embellie apparaîtrait et qu’ils seraient mieux considérés. Mais je me suis dit que c’était une fin qui sans doute avait l’avantage d’évoquer nos fabulistes les plus subtils mais qui pouvait sembler facilement moraliste. Donc, j’ai opté pour une autre fin, une série d’aboiements à la fois d’alerte et conclusif qui permettra  un vaste champ d’interprétation.)

  • Légende du visuel principal: François Morel en studio © Radio France /
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