Ce matin, François Morel nous parle de ses rêves...

Si je devais célébrer sur le podium de mes nuits agitées, les trois rêves les plus récurrents qui traversent mon esprit malade, je ne choisirais certainement pas d’évoquer le premier, celui qui revient régulièrement quand je porte des pyjamas trop serrés et que je pourrais vous décrire en long et en large, détaillant mille fragments  érotiques concernant les positions, les accessoires, les tenues, les  éléments de décor (une baignoire remplie de champagne dans la grande galerie d’un château autrichien où des serviteurs avancent le regard fier en faisant claquer leurs fouets dans des rires sardoniques et des culottes de cuir fendues) que je pourrais vous décrire, disais-je s’il n’était pas neuf heures moins cinq un matin où de nombreux enfants scolarisés à cause des grippes, des laryngites, des pharyngites sont restés à la maison.

Non, je préfère évoquer les deux autres rêves qui se ressemblent un peu et que, mon goût pour la singularité doit-il en souffrir,  je ne suis pas le seul à faire.

Rêve numéro deux. Il est tôt. Je dois  partir à l’école. Tout me ralentit. Tout m’ankylose. Je réussis cependant à monter sur mon vélo. Soudain, je m’aperçois que je suis en chaussons. En chaussons ! Alors que j’arrive à l’école, au collège, au Lycée ! Je ressens la honte. Je suis risible. Je ne suis pas à la hauteur.

Rêve numéro trois. Je suis comédien. Je suis sur scène. Le rideau s’ouvre. Je ne sais pas mon texte. Pas une réplique, pas une broque, rien… Je suis un personnage de Buñuel dans « Le Charme discret de la Bourgeoisie ».  Je transpire. Je suis indigne. 

Ces rêves là sont les rêves des travailleurs, ceux qui sont obligés de suer eau et sang pour y arriver, ceux qui n’ont pas forcément la grâce mais le sens du ridicule et celui du devoir. Ce sont les rêves des laborieux, ceux qui avant de s’endormir, mais pas trop longtemps, parce que demain il faut se lever tôt, relisent avec nostalgie « Le droit à la paresse » de Louis Lafargue qui pense que  « le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle, de toute déformation organique. » Ce que Courteline résumera d’une formule plus simple « L’homme n’est pas fait pour le travail. La preuve, c’est que ça le fatigue. »

L’autre jeudi, Frédéric Beigbeider est venu au studio en chaussons, il est venu sans savoir son texte. Sentiment de panique, de vide, de vertige. On se plaint au médiateur, on  parle d’indécence, on  oppose sa vacuité au boulot fourni par les autres. On s’énerve. On se crispe. On s’excite.

Et moi, je voulais remercier Frédéric de nous avoir montré que ces cauchemars sortis  de l’enfance finalement ne sont pas si graves, puisqu’il n’y a pas mort d’homme, puisque la vie continue, puisque personne n’est un surhomme, puisque on a le droit de se tromper, puisque l’expression d’une faille, d’un manque exprimés en direct devraient nous rendre compréhensifs, magnanimes, attentifs, indulgents,  tant l’expression d’une faiblesse devrait conforter notre amour pour la différence qui ne doit pas être qu’une abstraction, tant on a le droit de temps en temps de décevoir, de ne pas être au top, d’être imparfait, insuffisant, lacunaire, c’est à dire simplement  humain. 

C’était l’abbé Morel qui s’exprimait dans cette période de l’avant, temps de réconciliation et de paix vu que Jésus sans déconner dans quatre jours si je me trompe pas en tant que fils de Dieu il va apporter l’amour sur terre ni plus ni moins et que ça va faire tout drôle n’empêche.

Joyeux Noël Frédéric, joyeux Noël mes collègues, joyeux Noël tout le monde !

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