Madame Thénardier habitait le Loiret. Elle se prénommait Liliane et il semblerait, dites-moi si je me trompe, qu’il n’existe plus de Thénardier en France.

Madame Thénardier habitait le Loiret. Elle se prénommait Liliane et il semblerait, dites-moi si je me trompe, qu’il n’existe plus de Thénardier en France. Des gens qui ressemblent psychologiquement aux personnages de Victor Hugo, il s’en trouve beaucoup mais des individus qui portent le patronyme de Thénardier, il semblerait, je répète le conditionnel, qu’il n’y en ait plus. On ose espérer parce qu’on ne veut que du bien à la mémoire de Liliane Thénardier, qui habitait le Loiret, qu’elle était une femme si sympathique, si charmante avec chacun, si aimante avec les siens, si douce, si délicate qu’elle en faisait oublier son affreux patronyme et que, pour son entourage, le nom de Thénardier était devenu synonyme de grâce, de gentillesse, de générosité.

Dans la Sarthe notamment, on pouvait rencontrer sur les chemins des Alpes Mancelles, une famille Quasimodo. Renée Quasimodo, naquit en 1922 et décéda en 2008. Théodore Quasimodo vit le jour en 1894 et fut retiré à l’affection des siens en 1988. On voudrait que ces Quasimodo aient été des bombes, des canons, des beautés fatales, des objets de séduction tels qu’ils n’eurent jamais à souffrir de leur patronyme à la connotation si chargée.

Il existe des Hyde, un peu partout dans le monde et notamment à Paris. Il se trouve des Jekyll, particulièrement à Castle-Hedingham et dans le Middlesex.

Tolkien, en donnant au Seigneur du mal le nom de Sauron ne s’embarrassa pas de scrupules vis à vis de tous ces Sauron que l’on trouve à foison, dans les Hauts de Seine, le Bas Rhine, le Puy de Dôme, la Nièvre, la Haute-Loire, l’Isère, la Seine Maritime et un peu partout en France…

Si je raconte tout ça, c’est pour tenter de consoler la famille Camborde qui habite le petit village de Lestelle-Bétharram. Dans son roman « Dans la douleur du siècle », éditions In8, Gilles Vincent décrit un salaud qui aurait dénoncé une colonie d’enfants juifs pendant la guerre. Puisqu’il fallait bien donner un nom à son personnage, Gilles Vincent a choisi celui de Camborde, patronyme courant dans la région. Pour crédibiliser son histoire, l’auteur, avant de l’écrire va sur les lieux de l’action et photographie les monuments aux morts. Ila choisi le nom de Camborde pour son personnage de salaud et les Camborde ne sont pas contents. « Il eut pu nommer son salaud Kevin Estrafiques note justement son éditrice mais cela eut fait rigoler la galerie et un salaud qui fait rire parce qu’il est mal nommé n’est déjà plus que demi-salaud. »

Le mari de l’éditrice suggère que l’on réserve des patronymes de salauds à l’Etat-Civil, que tous les salauds des romans, ceux de Houellebecq comme ceux de Modiano portent le même nom, mais ce serait la fin du suspense, la mort du roman policier puisqu’on saurait dès le début le nom du salaud qui a fait le coup.

Je pense qu’il faut que le vrai monsieur Camborde de la vraie vie ait la certitude que chaque lecteur saura faire la différence entre lui  et  le personnage du roman, qu’on n’aura jamais l’idée de penser qu’il a dénoncé la colonie d’enfants juifs qui d’ailleurs n’eut aucune existence à Lestelle-Bétharram.

Je parlais de cette histoire à ma voisine, une certaine madame Bovary, qui est très heureuse en ménage, et qui, entre ses activités professionnelles et conjugales, n’a jamais le temps de s’ennuyer.

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