Il y a notamment deux choses qui me plaisent dans la vie.

J’ai mis l’adverbe notamment parce qu’il y a énormément de choses qui me plaisent dans la vie : ma famille, mes amis, le Chablis, la neige quand on la découvre le matin et qu’on n’est pas obligé de sortir, les chansons de Mireille, de Jean Constantin et de plein d’autres, les mille-feuilles à la vanille, nager dans la mer. Je ne vais pas vous faire la liste ce serait trop long. Mais peut-être que je vais retirer l’adverbe de ma phrase pour aller plus vite à mon sujet du matin. 

Il y a deux choses qui me plaisent dans la vie, c’est l’humour et la nuance. L’humour parce que c’est une consolation, une inspiration, parfois un éclat de rire, la manière la plus simple pour se protéger, pour adoucir, de manière détournée,  la violence du monde. 

La nuance parce qu’elle exprime la subtilité, parce qu’elle cherche à approfondir, à refuser la pensée toute faite, jetée, à l’emporte-pièce, la nuance parce qu’elle tente de comprendre l’autre, de ne pas juger trop vite, de se mettre parfois à la place de celui que l’on n’est pas, en pensant à la fameuse phrase de Jean Renoir dans  La Règle du Jeu « Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que tout le monde a ses raisons ».

Oui, il y a deux choses qui me plaisent dans la vie, la nuance et l’humour et c’est comme si j’avais deux amis qui ne pouvaient pas s’entendre, deux amis dont je ne pouvais pas me passer mais qui n’arriveraient pas à se comprendre. « Si tu invites l’humour, évite de convoquer la nuance, il va faire la gueule. » « Dis donc, j’aurais bien dit à la nuance de venir mais pas de chance,  j’ai vu que l’humour était là… »

Les deux sont la plupart du temps inconciliables. L’humour doit aller vite, être efficace, avoir l’évidence de la surprise, la légèreté d’un trait. La nuance a besoin de temps. Elle approfondie. Elle relativise. Elle précise sa pensée.

Quand j’écris ces petites rédactions du vendredi matin j’essaie quand même de les convier tous les deux mais ce n’est pas simple. Quand l’humour pointe son nez, on a vite fait d’être mal compris, mal interprété, de provoquer chez certains un malaise, des colères, des larmes. Quand la nuance s’installe, on a vite fait d’être chiant. Quand j’écris ces petites rédactions du vendredi matin, personne de la rédaction du 7-9 ne les relit. Sauf Juliette Hackius, la muse, l'égérie, la reine du 7/9 parce que j’aime bien avoir un avis, parce que je l’aime bien, parce que j’aime bien son avis. Mais personne d’autre. C’est vous dire la confiance et la responsabilité.

Quand on travaille dans un journal, on a un rédacteur en chef qui, avant de publier, valide l’article, le dessin, ou refuse de le publier. Ce n’est pas de la censure. Ça s’appelle une ligne éditoriale. 

Que Le Monde s’excuse publiquement d’un dessin de Xavier Gorce sans même contacter le dessinateur me paraît indéfendable. Que le dessin de Xavier Gorce ne soit pas son meilleur, c’est possible. Que Xavier Gorce n’ait pas réussi à joindre la nuance à un dessin d’humour  ne fait sûrement pas de lui un abjecte défenseur de la pédophilie, méprisant les victimes, comme on peut le lire sur les réseaux sociaux par la cohorte des vengeurs masqués, des justiciers sans foi ni loi, bavant de haine. 

J’ai laissé toute la place ce matin à la nuance. L’humour n’est pas loin. Il vous embrasse.

  • Légende du visuel principal: François Morel © Radio France /
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