Les mots de Robert Badinter ce mercredi matin, au micro de Léa Salamé

L'éloge du silence de François Morel pour rendre hommage à Samuel Paty
L'éloge du silence de François Morel pour rendre hommage à Samuel Paty © Radio France / Christophe Abramowitz

« En cette période que je considère comme une période d’épreuve et de deuil national, (…) je tiens à saluer la mémoire d’un homme qui à sa manière est pour moi un héros tranquille. Dans le corps enseignant aujourd’hui, il y a ainsi des femmes et des hommes qui s’exposent, et qui s’exposent pour nous, pour la République, qui tiennent bon les valeurs essentielles sans lesquelles la République n’existe plus… C’est un héros de la liberté, un héros tranquille, un héros anonyme, un héros comme il y en a tant mais qu’il soit salué, qu’on se taise, qu’on rende hommage, que l’on ne se déchire pas autour de projets de lois, la question en cet instant n’est pas là, elle est d’abord dans le témoignage que la nation doit rendre de reconnaissance à ces femmes et ses hommes qui assument une fonction si difficile et sans lesquels nous ne pourrions plus espérer vivre dans la liberté. On ne le dira jamais assez, on a parlé beaucoup de la noblesse du métier d’enseignant mais c’est une question de courage tranquille. En dépit de toutes les menaces, en dépit du terrorisme islamique, en dépit de tous ceux qui voudraient supprimer la liberté, moi, je continue, je continue à ma place, je continue à dire aux enfants « voilà le chemin de la vérité et voilà le chemin de la République … » 

Je retiendrais tous les propos de Badinter mais ce matin simplement deux phrases. 

La première : « Que l’on ne se déchire pas autour de projets de loi ». Et je repensais à ce passage dans le livre Yoga, quand Emmanuel Carrère évoque un pays des Balkans où le personnel politique était la cible d’attentats incessants et où on avait voté une loi disant «  Tirer sur le Ministre des Finances, quinze ans de prison. Tirer sur le Ministre de l’Intérieur, vingt ans. Tirer sur le Grand Chambellan, dix ans.  Il est interdit de tirer sur le Premier Ministre. » 

Il n’est sans doute pas utile de créer une loi en France pour notifier qu’il est interdit de décapiter un professeur d’histoire, une autre pour interdire les ignobles propos haineux des pousses au crime ? 

Je retiendrai une autre phrase de Badinter « Que l’on se taise ».

« Que l’on se taise », le meilleur conseil, la meilleure injonction, pour ne pas rajouter à la confusion, au désordre, au n’importe quoi, ne pas mêler sa voix à toutes les paroles lancées à tort et à travers quand on aurait besoin d’actes et de silence.

Mais le silence à la radio est périlleux…

Peut-être alors juste écouter la mer, le bruit des vagues, le chant du ressac, le vague à l’âme… S’imaginer sur une plage et laisser son regard se perdre jusqu’au lointain… 

Et le silence, le silence choisi comme marque de respect, de reconnaissance, de tristesse partagée et dans ce creux de la vague des valeurs républicaines ne pas pouvoir s’empêcher de penser à tous les silences qui ont précédé, quand les hussards de la République ne trouvaient que le vide lorsqu’ils réclamaient un peu de soutien auprès de ceux qui préféraient ne pas faire de vague… 

Le silence pour saluer le héros tranquille.

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