Déjà, le client était roi.

Ce qui me déplaisait passablement parce j’estime qu’on est en République mais depuis quelques temps le client qui avait fonction de monarque est devenu critique, contrôleur, inspecteur, procureur, juge, arbitre, goûteur, dégustateur, délateur, espion, accusateur, rapporteur, indicateur, agent secret, autant de professions que personnellement j’ai toujours refusé d’endosser! 

Parce que c’est une nouvelle manie. Chaque fois que vous recevez un colis, un artisan, chaque fois que vous passez par un magasin , un hôtel, un service quelconque, chaque fois que vous avez dû donner votre adresse email, quelques jours plus tard, vous recevez un questionnaire de satisfaction.

Je ne suis pas un donneur de points, de notes, d’étoiles, de satisfecit. Je ne suis pas un cocheur de cases.

Nom, prénom, âge, situation familiale, profession. Est-ce que je vous pose des questions, moi ?

Depuis quand êtes vous client de notre société ? Quel est le sens de votre question ? Vous voulez évaluer ma fidélité ? Vous voulez savoir si j’ai vieilli, si je suis volage, si je vous ai trompé avec d’autres. Taisez vous. Rangez votre question. Je n’ai rien à vous dire. Vous ne saurez rien. Je suis une tombe. Je suis un secret bien gardé. Je suis un sphinx. Par ailleurs je suis une énigme, un mystère, mais aussi un livre ouvert, un secret de polichinelle pour ceux que j’aime.

Estimez vous avoir été correctement conseillé par le vendeur ? Qu’est-ce que ça peut vous faire ? Si j’ai quelque chose à dire au vendeur, je lui dirai moi même, directement, entre quat’z’yeux. Car si je trouve que j’ai été mal conseillé par ce vendeur, figurez-vous que je suis assez grand pour lui dire moi même sans passer par son drh !

Par ailleurs, je vais vous dire une bonne chose, si j’ai un reproche à formuler parce qu’il y avait des souris dans les placards, des tâches sur les draps, parce que le plombier est parti avec ma femme, le chauffagiste s’est trompé de branchement, parce que le service en cristal de bohême a été jeté assez peu précautionneusement par-dessus la barrière de chez moi, soyez rassuré, vous allez en entendre parler et pas qu’un peu ! 

Et à chaque fois que l’on m’envoie un questionnaire, c’est parce que, dites-vous,  vous voulez me satisfaire au maximum ! Qu’est-ce que vous avez besoin de me satisfaire au maximum ? Est-ce que je vous ai jamais demandé de me satisfaire au maximum moi qui  n’aime rien de plus parfois que la sensation de l’à-peu-près, de  l’inachevé, du presque-rien, de la nuance, de l’insatisfaction permanente mais indulgente qui à moi, chacun son vice, chacun sa méthode, chacun  sa perversité, me donne envie de continuer, de recommencer, de mettre 100 fois l’ouvrage sur le métier ! Arrêtez de justifier ces questionnaires par ma satisfaction personnelle. 

Vous voulez vraiment savoir comment me satisfaire vous les questionneurs de satisfaction? 

En me lâchant la grappe.

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