Accompagné au piano par Antoine Sahler, François Morel, avec humour et poésie, tendresse et ferveur, rend hommage à Juliette Gréco.

Juliette Gréco en 1966 sur le plateau de l'émission "La valse à travers la Carte du Tendre"
Juliette Gréco en 1966 sur le plateau de l'émission "La valse à travers la Carte du Tendre" © AFP / Claude James / Ina

Peut-être qu'un jour on se dira que c'est en 2020 que le vingtième siècle est précisément mort. Mort et enterré. Oui, le vingtième siècle, dont on se souviendra longtemps avec ses guerres mondiales, ses génocides, ses crises, ses catastrophes, sa Gestapo, ses rafles et ses camps d'internement, ses inventions, ses révolutions, ses découvertes, ses voyages dans l'espace, son envie de liberté et qui, au détour d'un souvenir, d'un rêve, d'une utopie, continuait à vouloir survivre, contre toute évidence, à travers un dernier air de guitare, un furtif entrechat, une ultime chanson d'amour. 

Ne vous déplaise, en dansant la javanaise. Nous nous aimions, le temps d'une chanson.

Adieu Juliette qui, à  80 ans passés et avec un sens parfait de l'autodérision, avait raison de continuer à chanter avec une feinte mutinerie : 

Déshabillez-moi. Déshabillez-moi. Mais pas trop vite. Sachez me convoiter, me désirer, me captiver.

Peut-être qu'un jour on se dira que c'est en 2020, au mois de septembre, que le vingtième siècle est définitivement mort, emportant avec lui, celle qui restait comme le dernier souvenir de ses aventurières et ses aventuriers, ses héroïnes et ses héros, ses personnages, ses génies, ses chansonniers, ses poètes : Boris Vian, Prévert, Sartre,  Camus, et Simone de Beauvoir, et Anne-Marie Cazalis, et Ferré et Brassens et Brel et Béart et Gainsbourg. Et aussi Queneau, Raymond de son prénom, qui en tordant la syntaxe et en rigolant, écrit des noirs présages sur le temps qui passe :

Si tu t’imagines, fillette, fillette, xa va xa va durer toujours la saison des za saison des amours.

Adieu Juliette qui, dans un restaurant chic, cracha dans la main du maître d'hôtel qui ne trouvait plus de place pour elle le jour où justement, elle était accompagnée d'une personne de couleur, nommée… Miles Davis.

Peut-être qu'un jour on se dira que c'est en 2020, en septembre, le 23 très exactement que le vingtième siècle est mort de sa belle mort, avec son refus farouche de se faire enfermer dans quoi que ce soit, son insolence définitive, son irrévérence joyeuse. Les mesures de restriction, le confinement, on se doute bien que ce n'était pas pour elle. Autant tirer sa révérence, autant rejoindre on ne sait où, on ne sait comment, ceux qui l'ont aimée, inspirée, passionnée. Ceux qui l'ont convoitée, désirée, captivée. Ceux qui l'ont fait vibrer, rire et chanter.

Oui, autant arriver.

Adieu Juliette. Merci Madame.

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