Cher monsieur Koons, vous avez sans doute appris avec déception que cette semaine une tribune dans Libération réunissait tout un tas de personnalités des arts et de la culture pour refuser les fleurs que vous vouliez offrir à la ville de Paris.

Ça m’a fait de la peine pour vous monsieur Koons parce que j’imagine que vous devez être drôlement sensible et sans doute le plus sensible de tous les artistes vu que vous êtes l’un des plus grands artistes contemporains vu que vous êtes le mieux payé. 

Pauvre monsieur Koons qui devez être tellement marri que votre générosité ne soit pas mieux récompensée.

Appréciez cependant  monsieur Koons la franchise des signataires. Si après avoir offert votre cadeau, il se retrouvait en vente sur Le Bon Coin comme toutes les merdes  dont on veut se débarrasser, ce serait encore plus humiliant pour vous.

Il faut dire, monsieur Koons que votre bouquet, ce n’est pas juste un bouquet qui fait joli sur la table du salon et qui finit par puer quand on oublie de changer l’eau des fleurs, non, c’est du bouquet solide, en bronze et aluminium poli qui fait 12 mètres de haut et qui pèse 33 tonnes. 

C’est peut-être le problème monsieur Koons, c’est qu’il est assez encombrant votre cadeau. Tellement encombrant que le vase risque de coûter plus cher que les fleurs… 

J’ai appris monsieur Koons que vous aviez décidé de l’emplacement de votre bouquet, face au Musée d’Art Moderne. 

Je pense, monsieur Koons, que quand on fait un cadeau, on n’a pas d’exigence à avoir. Mon beau-frère Bernard, par exemple, il fait de la peinture, parfois il m’offre une de ces œuvres et je ne serais pas très content s’il m’obligeait à placer ses couchers de soleil juste au-dessus du canapé vu que moi je préfère les mettre à la cave, derrière le tas de bois. Surtout que votre bouquet, vous soutenez qu’il serait pour nous consoler des morts du Bataclan, le Bataclan qui n’est pas du tout situé vers le Musée d’Art Moderne de Paris. 

Pardon, monsieur Koons mais vous pourriez donner l’impression, ce n’est qu’une impression car ce serait vraiment trop laid,  que vous profitez d’une douleur, pour faire un coup médiatique, faire marcher votre petit commerce. Bien sûr, je ne peux pas le croire, ce serait une telle anti-publicité, un tel cynisme… Comme une réplique sismique après un tremblement de terre. Une calamité nouvelle après la catastrophe.

Monsieur Koons, vous avez le sens des affaires et bien sûr, on ne vous le reproche pas. Si le pauvre Vincent Van Gogh par exemple l’avait eu un peu plus, ça ne l’aurait peut-être pas empêché d’avoir du génie tout en étant un peu moins malheureux. Le docteur Gachet lui aurait conseillé d’épouser une Cicciolina de l’époque pour faire parler de lui, il lui aurait présenté à monsieur Vuitton qui aurait eu l’idée de décorer ses sacs.

Si vous voulez vraiment nous faire un cadeau, monsieur Koons, faites comme ma grand-mère quand elle donnait un billet de cinquante francs plié en quatre à Noël, « tiens, c’est pour toi, j’ai rien acheté mais comme ça, toi,  tu t’achèteras ce que tu veux. »

Voilà, monsieur Koons, donnez nous des billets, si vous voulez être généreux, signez des chèques, comme ça, on s’achètera ce qu’on veut.

Après tout, monsieur Koons, ce que vous nous offrez, c’est juste une idée, un concept. Vous avez eu l’idée de nous offrir une idée. C’est très gentil. Vous savez, c’est l’intention qui compte. Pas la peine de solliciter le mécénat privé, les impôts de la République française… 

Votre œuvre doit rester conceptuelle, vous nous offrez des fleurs, nous, nous acceptons virtuellement votre cadeau. Le concept, c’est de vous dire merci mais de vous demander de ne pas le réaliser.

Acceptez que les parisiens soient aussi conceptuels que vous.

Bien à vous monsieur Koons.

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