François Morel s'adresse à Dieu aujourd'hui pour lui demander d'épargner les personnes dont il avait parlé dans ses chroniques. Elles n'ont pas vocation à devenir des oraisons funèbres.

Mon Dieu,

(Oui, ce matin, je m’adresse à Dieu.)

Mon Dieu,

(C’est quasiment une lettre d’intérieure mais post-augustintrapenardesque. Une lettre d’intérieur que j’adresse à Dieu. Parce qu’il n’y a pas de raison, parce qu’il faut toujours viser haut, parce qu’il vaut mieux s’adresser au Bon Dieu qu’à Amazon, ça fait moins de tort aux libraires.)

"Mon Dieu,

(Je précise que c’est la première fois que j’écris à Dieu, j’ai écrit au Père Noël mais il y a longtemps. A Dieu, jamais.

Je pense que le mieux pour s’adresser à Dieu, c’est la sobriété.

Pas « mon cher Dieu » trop familier.

Pas « Ô Seigneur tout puissant », trop flagorneur.

Pas « Notre Père qui êtes au cieux » parce que je trouve que ça a un petit côté géolocalisation avec risque d’atteinte à la vie privée. Dieu est partout, Il n’est pas forcément aux cieux au moment où je m’adresse à Lui, et d’ailleurs Il est où Il veut et ça ne regarde personne.

Non, « Mon Dieu », c’est bien.)

Mon Dieu,

(J’ajoute d’ailleurs que je n’attends pas une réponse de sa part. Je sais qu’Il est très occupé, qu’Il a autre chose à faire qu’à me répondre.)

Simplement, quand Il aura le temps, juste une photo dédicacée. C’est pour ma mère.

Mon Dieu,

(Quand c’est Augustin qui lit, il y a toujours une musique de fond, donc je ne vois pas pourquoi je n’en aurais pas…)

Mon Dieu,

Depuis le catéchisme, je sais que Vous voyez tout et que Vous entendez tout. Je n’oublie pas non plus que Roland Topor disait « Dieu voit tout, entend tout, confond tout ».

Justement, si je m’adresse à Vous ce matin, avec humilité, repentir, contrition, tout ce que vous voulez, je veux aussi vous parler avec fermeté parce que, par moments, sauf Votre respect mon Dieu, vous avez tendance à charrier dans le mastic.

La semaine dernière, je rendais hommage à Michel Piccoli.

J’évoquais notamment Claude Sautet et par conséquent Jean-Loup Dabadie. Peut-être, dans Votre bonté infinie, afin de me faciliter la tâche et me permettre de poursuivre ma série sur les grands disparus, avez vous cru m’obliger en rappelant à Vous Jean-Loup Dabadie puis pas plus tard qu’hier, Guy Bedos, qui, je préfère vous prévenir tout de suite, ne va pas vous faciliter la vie au paradis.

Sachez mon Dieu que je ne Vous avais rien demandé

Ma chronique hebdomadaire n’a nullement vocation à devenir une suite d’oraisons funèbres.

Même si j’avais la plus grande admiration pour Dabadie qui savait si bien mêler l’humour à la nostalgie, même si je vénérais Guy Bedos dont je n’oublierai jamais ses spectacles qui ressemblaient à des meetings joyeux dans lesquels soufflait un esprit aussi libre que libertaire, je ne ressentais aucune sorte d’impatience à écrire un hommage pour ces deux là.

Je vous prierai donc mon Dieu de bien vouloir Vous occuper de Vos affaires et de laisser sur terre ceux qui, à l’image de Jean-Loup Dabadie et Guy Bedos, ont su apporter à leurs contemporains un peu de bonheur, un peu de grâce, un peu de consolation, ces deux funambules de l’existence qui, sur un fil tendu entre profondeur et légèreté, insolence et tendresse ont avancé avec tant d’élégance, ces deux-là pour qui le terme « mélancomique » avait été inventé.

Mon Dieu, en guise de formule de politesse, je conclurai à la manière de Jean Rochefort devant Danièle Delorme dans « Nous irons tous au paradis » : 

A part ça, quoi de sensas ?

  • Légende du visuel principal: Guy Bedos s'entretient avec Jean Loup Dabadie lors du tournage de l'émission "A bout portant" © AFP / GEORGES GALMICHE / Ina
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