La rentrée 2019 ne se présente pas au mieux. La forêt brûle. Les nationalistes, partout, gagnent du terrain. Le réchauffement climatique devient affolant.

Edouard Baer (ici lors de la cérémonie de clôture du festival de Cannes 2019)
Edouard Baer (ici lors de la cérémonie de clôture du festival de Cannes 2019) © AFP / Christophe Simon

Tout va mal. Le monde est en guerre, en Syrie, au Yémen, crise à Hong-Kong, guerre commerciale entre Pékin et Washington, guerre du vin entre Washington et Paris, guerre familiale chez les Moix : « Qui a voulu tuer l’autre ? Qui était le bourreau ? Qui courait dans l’appartement en criant « Je vais te saigner comme un goret ! » ? Le père ou le fils déguisé en martyr, tortionnaire de son frère? On ne se prononce pas. On n’y était pas. Quand même, je serais Bernard Pivot je donnerais le Goncourt à Alexandre Moix pour faire chier son frère et rebondir le feuilleton.

Oui, partout, la violence, l’angoisse, le mal et puis, catastrophe des catastrophes, paroxysme du malheur, comble des calamités, la fin sur France Inter des Lumières dans la nuit, le départ d’Edouard Baer de nos dimanches soirs consolateurs avant le traumatisme violent de nos lundis matins.

Matin difficile
Matin difficile © Getty / amriphoto

Si le gouvernement avait vraiment du courage, il déciderait de manière solennelle et définitive la suppression concomitante des dimanches soirs et des lundis matins afin que cesse ce va et vient nocif entre le chaud et le froid, entre l’inquiétude et la désolation, cet aller retour incessant entre la lumière et la nuit, le bonheur et le désespoir, l’éclair dominical du génie et les ténèbres du quotidien,  la félicité rayonnante et l’accablement consternant des lundis matins avec son cortège d’anxiétés, de détresses épouvantées. 

Alors pour ne pas succomber au désarroi ou à la dépression, le mieux est de prendre son courage à deux mains, mon cousin, de sortir de chez soi et d’aller applaudir justement, qui ça ? mais Edouard Baer précisément au Théâtre Antoine puisqu’il y présente  Les Élucubrations d’un homme soudain frappé par la grâce

Car qu’on le veuille ou non, Edouard Baer a exactement ce qui s’appelle la grâce. Son spectacle est celui qu’il a le plus travaillé, autant dire qu’il a dû passer au moins une demi-heure à l’écrire, trois jours à le répéter mais, n’en déplaise aux laborieux, aux scrogneugneux,  on n’y peut rien, y souffle un vent inouï de liberté, de plaisir, de joie intense qui autorise tout, les folies les plus extravagantes et les hommages les plus tendres à ses artistes aimés, Rochefort, Brassens, Gary, et le public, conquis, hilare, heureux, rigole de ses inventions, accompagne silencieusement l’évocation du père de l’artiste, n’en moufte pas une pendant le discours  sobrement lu d’André Malraux à l’occasion de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon, finalement ébloui d’être aussi respecté par un artiste inspiré, cultivé et formidablement drôle…

C’est à Paris, au Théâtre Antoine jusqu’au 7 septembre mais ça va se reprendre. Soyez vigilant. Dès que possible, foncez le voir.

On est sûr qu’Edouard ne sera jamais épinglé par Copy Comic. Son originalité saute aux yeux, sa singularité crève le coeur.

Le spectacle d’Edouard Baer ne ressemble à rien et c’est le plus beau compliment qu’on puisse lui faire.

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