Je voudrais attirer l’attention des auditeurs de France Inter sur un sujet qui est rarement abordé à la radio.

Je voudrais saisir l’occasion de cette chronique du vendredi matin pour traiter d’une question qui, certes ne fera pas polémique, mais dont certains auditeurs peut-être se souviendront la prochaine fois qu’ils iront au restaurant. 

Je veux parler de cette pratique tellement curieuse qui, sûrement aurait déconcerté nos grands parents, dont sans doute nous nous moquerons quand elle sera passée de mode, qui n’a aucune raison d’être, aucune valeur ajoutée, je veux parler des entrées, des desserts en bocaux.

Depuis quelques années, dans les restaurants, les entrées, les desserts, qu’ils soient gaspacho d’épinard ou tiramisu, qu’ils soient salade jar au poulet ou mousse au chocolat, qu’ils soient harengs marinés ou citrons confits à la marocaines sans compter toutes ces entrées, tous ces desserts nouvellement déstructurés, revisités, réinventés sont servis dans un bocal.

Un bocal Le Parfait. Un bocal en verre avec son gros élastique qui fait pschitt quand on lui tire dessus, un bocal destiné initialement à conserver les aliments, un  bocal qui évoque le terroir, la grand-mère, les vacances à la campagne, les cornichons et ce temps révolu où dès le printemps on préparait l’automne, où dès le début de l’été on prévoyait l’hiver, un temps où le réchauffement de la planète était une notion inconnue, où les saisons étaient identifiables, où la vie chaque année se répétait, toujours la même, toujours inédite, avec ses semis et ses récoltes, ses semailles et ses moissons. 

Pourquoi sur la table du restaurant branché, ce  bocal Le Parfait qui, dès qu’il est posé rappelle immédiatement cette époque révolue où papi occupait ses après-midis dans le jardin à biner, bêcher, sarcler, retourner la terre,  installer les rames pour les haricots verts, où mamy passait sa vie dans la cuisine, entre Ménie Grégoire et un lapin à dépiauter. 

Sauf que mémère, jamais, n’aurait eu l’idée de se servir du bocal comme objet de décoration, sauf que mémère dans le placard de la cuisine rangeait les bocaux dans lesquels elle puisait des cornichons pour accompagner le rosbif froid, des haricots verts pour aller avec le veau, des haricots blancs surnommés « péteux » ou  « musiciens » les jours plus cérémonieux quand ils garnissaient le gigot les dimanches de communions solennelles.

En entrée, avant la langue, il y avait des tomates, parfois des asperges, en dessert du riz au lait, on le sortait d’un moule circulaire, on le posait dans un plat creux, on l’entourait de crème anglaise. (Tête de mémère si on avait fourgué tout ça dans un bocal.)

Le dessert en bocal dénonce une drôle d’époque, celle où des agités du bocal réinventent un passé qui n’a jamais existé, une histoire, comment dites-vous ?, déstructurée, revisitée, réinventée… 

Mémère était sûre que ses petits enfants auraient une vie plus belle que la sienne. Les petits enfants d’aujourd’hui sont persuadés que la vie de leur grand-mère était plus heureuse que la leur.

La nostalgie est toujours ce qu’elle était. Vous reprendrez bien un peu de dessert ? 

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