S'il y a bien un mort qu'on ne peut pas faire parler, c'est bien Georges Brassens...

Georges Brassens aurait eu 100 ans aujourd'hui
Georges Brassens aurait eu 100 ans aujourd'hui © Getty / James Andanson

Certains morts interrogent : qu'est-ce qu'ils auraient dit ? Comment auraient-ils réagi s'ils étaient encore vivants ? 

Qu'auraient pensé Coluche, Pierre Desproges, du pass sanitaire, du port du masque, de la pandémie, d'Éric Zemmour, du réchauffement climatique ? 

Comment s'y seraient-ils pris pour continuer à rire des catastrophes successives, effective ou annoncées ? 

Bah on en sait rien. Faire parler les morts est toujours périlleux. Faire parler les morts doit susciter la méfiance. 

Regardez ceux qui, aujourd'hui, se croient autorisés à parler à la place de Jésus, de Dieu, du prophète, de Mahomet. 

S'il y a bien un mort qu'on ne peut vraiment pas faire parler, c'est Georges Brassens

Déjà de son vivant, il n'était pas si facile à interroger. Il n'était pas du genre à se répandre. On imagine qu'aujourd'hui, même pour une rentrée à Bobino, même pour la sortie d'un disque, il ne tweeterait pas. Il ne likerait pas. Il ne buzzerait pas. 

95 fois sur 100, les followers s'emmerdent en buzzant.

Brassens n'aurait parlé ni de Macron, ni de Zemmour, ni de Mélenchon, comme de son vivant il n'a jamais évoqué Lecanuet, Le Pen ou Georges Marchais. Il a parlé de Martin, de Margot, de Jeanne, d'Hélène, du vieux Léon et de la femme d'Hector… mais de ceux qui faisaient les gros titres des journaux : jamais.

Entre nous, ce n'était pas tout à fait de son niveau. Lui parlait des humbles, des copains, des modestes. Lui parlait d'amour, d'amitié, de liberté. 

Il n'aurait pas parlé du repliement sur soi, du nationalisme. Il aurait évoqué "les imbéciles heureux qui sont nés quelque part" et aurait levé son verre en l'honneur de "l'Auvergnat qui lui donna du feu". 

Georges Brassens a 100 ans aujourd'hui même

Il est toujours le même : ni Dieu, ni maître. Ou alors pour faire plaisir à Charles Trénet, dieu du stade et maître nageur. 

Lorsque Laurent Gerra l'imite, il commence systématiquement ses phrases par "Je pense, mais je peux me tromper"… C'est vrai que ça lui va bien : Brassens n'avait pas besoin d'être péremptoire pour exprimer sa pensée. 

Vous imaginez à la télé des débats qui commenceraient par "Je pense, mais je peux me tromper" ? Aujourd'hui, on assène plus qu'on pense, on n'imagine jamais qu'on pourrait se tromper. 

S'il y a bien un mort qu'on ne peut vraiment pas faire parler, c'est Georges Brassens. Sauf dans ses chansons, où il a dit tout ce qu'il avait à nous dire : gloire à qui, n'ayant pas d'idéal sacro-saint, se borne à ne pas trop emmerder ses voisins. 

Ce soir à Sète, à 21h, on fait la fête à Brassens

Entre nous, ça peut être tous les soirs, n'importe où, chaque fois qu'on a envie de célébrer le mariage du swing et de la poésie, de la mélancolie et de la joie, de la liberté et de la fraternité. 

Bon anniversaire, Georges. 

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