Quand j’étais jeune, je vous parle de ça, Emmanuel Macron n’était pas né, les jours d’élections étaient des jours de fêtes.

C’était des dimanches singuliers, on se mettait sur son 31, on se sentait important, on était content de donner son avis, on cherchait dans les bureaux de vote des yeux complices, des regards alliés, on tombait parfois sur des visages ennemis, des faciès rivaux. On vivait la journée comme on lit un polar. La fin du suspense n’arrivait que le soir, ravi ou déçu du dénouement, on repartait chez soi. 

Mais les temps ont changé. Comment faire aujourd’hui pour mobiliser les électeurs français, qui jusque-là avaient pourtant la réputation d’être passionnés par la politique ?

Je n’en sais rien, ce n’est pas facile. Après des mois de confinement, il semblerait que les gens n’aient pas envie de s’enfermer dans un isoloir.

Pourtant les responsables politiques se donnent du mal pour passionner le débat, avec des coups de théâtre formidables, des gens réputés de gauche appelant à voter pour la droite, des répliques cinglantes dignes des meilleurs dialoguistes « C’est de la trahison ! », « Commence par gagner une élection ! »

Rien n’y fait. Tout le monde s’en fout. La politique est un spectacle qu’on regarde à la téloche mais qui ne fait plus déplacer personne.

Les bureaux de vote vides, peu d’électeurs et manque d’assesseurs. Qu’est-ce qu’un assesseur ? Une personne présente au moment de l’ouverture et la clôture du scrutin et pendant le dépouillement. C’est la pierre angulaire d’une élection puisqu’on exige de lui qu’il sache lire et écrire, ce qui est recommandé quand on est électeur ou même candidat, mais pas obligatoire.

La solution afin d’inciter à recruter des assesseurs, c’est de les payer. Prime de 350 euros à Marseille, 300 euros seulement à Perpignan. A Cesson-Sévigné, près de Rennes, l’assesseur est payé à l’heure, 22 euros. Il y a des jobs d’été plus lucratifs. A Melun, pour assurer la bonne tenue du scrutin et des 17 bureaux de vote de la ville-préfecture, on ne donne pas d’argent mais une prime à la vaccination. Les assesseurs peuvent bénéficier en priorité d’une première injection de vaccin ou d’une deuxième si le délai entre les deux injections est respecté. Excellente initiative. « En même temps », l’expression phare du macronisme n’a jamais été aussi appropriée. Peut-être aurait-on dû faire coïncider le premier tour avec la première injection et le second tour quelques semaines plus tard pour la deuxième injection. 

Dans le temps jadis, quand j’étais jeune, je vous parle de ça, Emmanuel Macron n’était même pas encore à l’état de projet, les assesseurs étaient bénévoles. Chaque candidat désignant les siens parmi ses militants. Mais il n’y a plus de militants, il n’y a plus que des téléspectateurs. Une solution : recruter les assesseurs parmi le public des jeux télés qui sont assez complaisants pour venir faire gratuitement de la figuration en assistant aux jeux télé ?

Mais la solution, si on ne veut pas seulement recruter parmi le troisième âge, c’est de payer. Comme souvent, une juste rétribution permet de solutionner les problèmes. Payer les hommes politiques, c’est régulier. Payer les assesseurs, c’est autorisé. 

Il faudra lors des prochaines élections, envisager de payer les électeurs. 

L'équipe