Bonsoir, bonsoir, quel jour sommes-nous ? Le 2 novembre ? Alors je lance l’appel du 2 novembre 2017.

Françaises, Français, Facebookiennes, Facebookiens, Instagrameuses, Instagrameurs, Twitteuses et Twitteurs, le moment est venu de quitter tous ces réseaux asociaux pour revenir à la vraie vie.

J’ai fait l’expérience pour vous. Il y a un mois, Facebook a censuré une jolie photo de Mireille Darc aux seins nus que j’avais postée en son hommage. J’ai alors supprimé ma page Facebook. Si je vous parle de ce non-événement, ce n’est pas pour me glorifier d'un acte qui ne demande aucun courage, mais pour vous décrire ce qui se passe quand, comme moi, on arrête d’être sur les réseaux sociaux : RIEN.

Il ne se passe rien. 

Facebook est une addiction dont le sevrage ne provoque aucun manque. Normalement si l’on vous coupe l’électricité, le téléphone ou France Inter, vous ressentez un changement dans votre vie mais pas avec Facebook : le fait de ne plus pouvoir envoyer des phrases, des photos ou des vidéos à des amis virtuels, le fait de ne plus pouvoir lire leurs injures ou leurs compliments, n’a rien changé à ma vie. Tout cela c’était du vent, du vide qui me faisait perdre mon temps et stimulait une mauvaise partie de moi : ma quête de likes impossible à rassasier. 

Que sont les réseaux sociaux en vérité ? Prenons les un par un.

Facebook au départ c’est un annuaire d’université. Ce sont des curriculum vitae avec votre photo, vos hobbies, vos musiques préférées, votre situation amoureuse c’est compliqué, que vous envoyez sur la toile comme des bouteilles à la mer. Quand vous allez sur Facebook, c’est comme si vous adressiez votre CV à des DRH pour être embauché dans une entreprise qui n’existe pas. 

Instagram c’est autre chose. Je me souviens, quand j’étais enfant, certains amis de mes parents, revenant de voyage, organisaient régulièrement des soirées diapositives où il nous projetaient leurs photos de vacances sur un écran. C’était long, c’était chiant, le seul intérêt de ces soirées diapo était les apéricubes dans un bol sur la table basse. Instagram c’est une soirée diapo sans apéricubes et qui ne s’arrêterait jamais, une soirée diapos 24 h sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. 

Quant à Twitter, tous ceux qui ont déjà pris un taxi parisien ont eu à subir parfois les commentaires passionnants du chauffeur sur l’actualité politique, du genre « Macron s’en fout plein les fouilles, la France est gouvernée par la banque Rothschild, tout ça c’est le complot judéomaçonnique ! » Twitter, c’est ça : un média qui transforme tout le monde en chauffeur de taxi exprimant rageusement sa fake news sur l’actu, ou, ces derniers temps, en délateur assumé. 

L’usage embarrassant qu’en fait le président des Etats-Unis aurait déjà dû conduire à un boycott massif de ce réseau social inepte qui prétend qu’on peut articuler une pensée en moins de 140 signes. Les social networks ont été inventé il y a exactement dix ans ; on commence donc à avoir un peu de recul. Si parfois, exceptionnellement, ils nous ont permis de revoir des camarades de lycée ou de correspondre avec des gens à l’autre bout de la planète, ils ont surtout été un déversoir de tout ce qu’il y a de pire en nous, notre narcissisme, notre haine et notre bêtise à base de vidéo de chatons ou de décapitations. Ils nous ont rendu plus seuls, plus frustrés, plus stupides et plus malheureux. Ils ont permis à quelques nerds de devenir milliardaires en vendant des publicités ciblées par l’espionnage de notre vie privée.

Hier le Canard Enchaîné, qui n’a pas de page Facebook, rappelait que Facebook abrite ses sociétés dans le Delaware et en Irlande afin, je cite, de « payer des clopinettes aux impôts ». 

Quand, un jour prochain, tout le monde éteindra les réseaux dits sociaux, l’humanité redeviendra peut-être…sociale. Je rêve du jour où Facebook ne sera plus qu’un gadget passé de mode, l’équivalent numérique du scoubidou.

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