En tant que père de famille, je m’intéresse évidemment aux nouvelles générations et j’ai donc lu attentivement l'essai très stimulant d'Anne-Sophie Beauvais sur la promotion d’Emmanuel Macron à Sciences Po Paris en l’an 2000.

Intitulé « On s’était dit rendez-vous dans vingt ans » et publié chez Plon. Elle y raconte très bien que Macron à Sciences-Po était un loser qui venait de rater deux fois Normale Sup, un gros fayot pas du tout engagé en politique, un polar super bosseur et pas dragueur du tout (puisque maqué avec sa prof). Mais elle montre surtout comment ce jeune ambitieux a sciemment planifié depuis tout petit le dégagement des "baby boomers" soixante-huitards. 

L'Histoire est faite par des générations

C’est vrai en littérature mais aussi en politique.  L’une des réformes les plus contestées de Macron est en réalité un règlement de compte pur et simple entre générations. Il s’agit de la baisse des cotisations sociales salariales, financée par une hausse de la CSG sur les retraites : c'est ce que Macron a trouvé pour se venger des baby-boomers ! 

PAGE 33 voici ce que déclarait Emmanuel Macron en 2010 dans un entretien accordé au magazine de Sciences-Po Paris (Il s’agit de propos qui avaient été coupés à l’époque mais l’enregistrement existe bel et bien.) : 

Il y a une génération, pas la nôtre mais celle du dessus, qui s’est faite écraser. 

C’est de moi qu’il parle là ! Ce qu’il appelle la "génération Prince Charles", celle des quinquagénaires. Les soixante-huitards ne nous ont pas laissé le pouvoir et les trentenaires nous ont doublé. Nous n’avons rien eu ! Si à cinquante ans j’ai une chronique hebdo sur Inter, c’est déjà énorme, je ne me plains pas, j’ai beaucoup de chance ! 

Continuons de citer l’inspecteur des finances Emmanuel Macron en 2010 : 

Et nous, notre génération, on nous met sur la tête un endettement colossal, un passif du système de retraite très important. Et là aussi, les générations plus âgées, qui ont largement contribué à cette situation, voudraient aujourd’hui nous dicter les grilles de lecture de nos vingt ou trente prochaines années. 

Pardon pour cette longue citation de notre président de la République mais cette phrase me semble très importante pour comprendre ce qui se passe en ce moment. Ce n’est pas un combat pour imposer des réformes. C’est un duel entre générations : les trentenaires ne veulent pas se laisser écraser comme nous les quinquas ! 

Anne-Sophie Beauvais qui travaille à Sciences Po depuis dix ans, l’écrit quelques pages plus loin : 

En France, la lutte des classes a été remplacée par celle des générations. 

Les trentenaires font payer l’addition aux sexagénaires et septuagénaires et nous les quinquas nous sommes de la baise totale. 

La génération qui m’a précédée a été dégagée par celle qui me suit

Au milieu, des ironistes et des impuissants qui n’ont servi à rien. Au moins les choses sont claires maintenant et je sais pourquoi je bois de la vodka pour écrire des livres pessimistes. Nous les idiots nés dans les années 60 et 70, nous sommes pris entre deux feux. Et voilà pourquoi j’ai cette tronche de dommage collatéral. 

Le livre : On s’était dit rendez-vous dans vingt ans d’Anne-Sophie Beauvais (Plon)

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