Ce matin, Frédéric Beigbeder propose un spa auditif à François Hollande, ancien président de la République

Bonsoir monsieur le président de la République et bienvenue au spa auditif Frédéric Beigbeder, Paris, Pattaya, Tulle. Trois minutes de débit vocal ralenti et de massage de l'oreille interne. 

Vous aimez la flûte de Pan monsieur le président ? Vous allez en avoir. 

Et peut-être dans trois minutes me direz-vous : Merci pour ce moment, Frédéric. Visiblement vous avez besoin de vous détendre. On inspire par le ventre, on expire par la bouche. Ne trouvez-vous pas un peu agaçante cette formule honorifique  "monsieur le président" ? Tous les gens que vous croisez vous rappellent la fonction qui fut la vôtre durant cinq ans, ça doit être un peu saoulant. C’est peut-être à cause de cette formule de courtoisie que certains anciens présidents croient qu’ils le sont à vie... Faites le vide dans votre cerveau. Même si c'est difficile de tout oublier. Ce matin je voudrais surtout m’adresser à François Hollande l’humoriste. Vous savez que ces chroniques de la fin du 7/9 sont censées être comiques, ce qui n’est pas évident, surtout le jeudi. Comme vous avez la réputation d’être le président le plus marrant de la Vème République, « monsieur petites blagues », peut-être pourriez-vous m’aider? Me fournir quelques vannes sur l’actu ? (Attendre). Non ? J’en ai trouvé une bien bonne dans votre livre, « Les leçons du pouvoir », je cite : « L’ancien monde c’est le mien, il a de l’avenir. » Je suis tellement d’accord avec cette blague ! Parce que l’ancien monde est aussi le mien ! Y’en a marre du vers d’Apollinaire « à la fin je suis las de ce monde ancien ». Il était très bien le monde ancien, puisque ce fut celui de notre jeunesse. Oubliez votre quinquennat, ne pensez plus à votre successeur. Non, surtout oubliez ce soir au bar du Bristol où Jacques Attali vous a présenté un petit énarque blondinet que vous avez embauché sans imaginer qu'il allait vous piquer votre château. 

Je me souviens d’avoir inauguré avec vous la foire du livre de Brive la Gaillarde en 2008 : à l’époque c’était moi qui étais président et vous n’étiez même pas candidat. Pratiquons ensemble un petit exercice de self rétro time méditation. Fermez les yeux. Vous nous voyez en 2008 à Brive : j'étais président, pas vous, et vous voyez je m'en suis remis, j'ai tourné la page, I moved on. Il y a une vie après la présidence. Respirez. On se détend, on est bien, on est allongé sur une serviette éponge, massés avec des huiles essentielles par une thérapeute pieds nus prénommée Léa...  Ne pensez pas à tout ce qui vous manque : ni à la cave à vins de l’Élysée, ni à l’Airbus A 330 présidentiel, et surtout pas aux week-ends à la Lanterne... Forget the past. Est-ce que le vrai luxe, après ces cinq années de stress, de courtisans, de couvertures de Closer, de selfies avec des personnes à la dentition parfois douteuse, ce n’est pas la solitude et le silence, et la joie de ne plus avoir à subir les quolibets de chroniqueurs dans mon genre… n’est-ce pas cela, la plus belle des récompenses ? 

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