Ce matin un petit exercice de style d’une totale immodestie : je me suis demandé ce qu'aurait écrit Tom Wolfe aujourd'hui, lui qui s'est amusé toute sa vie à ridiculiser les contradictions obscènes de ses contemporains.

Je pense qu'il se serait peut-être amusé avec le couple Jared Kushner/Ivanka Trump souriant à Jérusalem comme des mannequins L'Oréal au photocall du festival de Cannes pendant qu'au même moment l'armée israélienne massacrait 60 civils palestiniens à Gaza (dont 8 âgés de moins de 16 ans). 60 morts : un pour chaque minute de la cérémonie ! Quel dommage : à 10 morts près, c'étaient les 70 bougies sur le gâteau d'anniversaire de l'Etat d'Israël... 

Pardon mais l'art du contraste cynique est ce qui caractérise le style de Wolfe : quand il décrivit Leonard Bernstein levant le mauvais poing (le gauche) pour imiter les Black Panthers invités dans son appartement sur Park Avenue, par exemple, c'était aussi grotesque que la fille de Donald Trump et son mari inaugurant l'ambassade américaine à Jérusalem sous les flashes des paparazzi, tels les Ken et Barbie de la Maison Blanche, improvisant un défilé de mode en tenue Ralph Lauren à 2.500 dollars, tachée du sang de femmes et d'enfants flingués par des snipers comme dans une fête foraine. 

Mais Wolfe aurait très bien pu chercher le même genre de contrastes en France, par exemple en décrivant le vrai festival de Cannes où les stars se plaignent à cause de la grève des cheminots qui retarde l'arrivée de leur coiffeur/maquilleur et où l'on a projeté deux films sur des syndicalistes : "En guerre" de Stéphane Brisé et "Nos batailles" de Guillaume Senez devant des salles remplies de privilégiés en smoking. Vincent Lindon et Romain Duris ont-ils levé le poing comme Leonard Bernstein sur Park Avenue ? 

Non mais la rebelle Kristen Stewart a enlevé ses Louboutin pour monter les marches, ce n'est qu'un début continuons le combat ! 

Posons la question : la révolte est-elle compatible avec une robe de chez Dior ? Oui, elle est même nécessaire, de même que le sarcasme est indispensable. Comme dit Alain Chabat il faut les deux : la dénonce n’empêche pas la déconne. 

Mais Wolfe ne soulignait pas seulement les dilemmes de ce qu'il appelait le « radical chic » (en français on dit gauche caviar), il faisait du reportage à la première personne. 

Alors en son hommage, je suis donc allé hier soir physiquement dans un bar parisien regarder la finale de l'OM avec des supporters du PSG. Oui je suis un risque-tout. Eh bien j’ai été déçu. Certains Parisiens n'arrivaient pas à en vouloir aux marseillais d'être en finale. Il y en a même qui ont enfilé le maillot blanc et bleu et qui l’ont gardé malgré la défaite ! Aucune intégrité. 

Ensuite, comme toute la France, j'ai noyé mon désespoir dans le pastis et relu toute la nuit, sous LSD, "Acid Test" de Tom Wolfe paru en 68. Et j’y ai trouvé une phrase prononcée à l’époque par un hippie défoncé qui résume la soirée d’hier : « Tout le monde cherche le sens de la vie, mais l’important, mec, c’est la vibration »

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