Bonsoir tout le monde. Oh, my, God. Mais quelle hécatombe chez les romanciers américains !

La semaine dernière Tom Wolfe, hier Philip Roth, les grands écrivains américains nous quittent les uns après les autres : si j’étais Cormac Mc Carthy ou Toni Morrison, je commencerais sérieusement à m’inquiéter. 

La disparition de Philip Roth est symboliquement une date très importante : nous entrons véritablement dans une nouvelle époque. Il était peut-être le dernier écrivain intégralement libre sur terre, c’est à dire un artiste qui ne cherchait jamais à plaire mais uniquement à dire la vérité. Nous vivons un temps où la littérature veut rassurer, faire le bien, un temps de littérature-doudou et de feel good books. 

Philip Roth, c’est tout le contraire, c’est une œuvre qui dérange

L’an dernier, la publication dans la Pléiade de ses premières œuvres nous faisait redécouvrir le jeune homme énervé qu’il fut à ses débuts, si irrespectueux des règles de sa famille, de son milieu, de sa religion. Un provocateur qui tournait en ridicule son époque, ses femmes, les juifs et l’Amérique ! Plus incorrect, tu meurs. 

Prenez par exemple « la plainte de Portnoy » ce fut un scandale immense, une gifle au puritanisme de l’après-guerre, un pied-de-nez à l’ennui petit-bourgeois et au matérialisme, où Philip Roth se pose en digne héritier de son compatriote Henry Miller. Allongé sur le divan de son psychanalyste en 1969, Alexander Portnoy est de loin le personnage américain le plus influent de la seconde moitié du 20ème siècle après le Holden Caulfield de Salinger. Il a libéré la parole de nombreux satiristes pour des décennies, de Gary Schteingart à Jonathan Safran Foer. Il faut absolument relire ce roman délirant de liberté après le mouvement "me too" ! On n’en croit pas ses yeux. 

Je rappelle que Portnoy se masturbe dans une tranche de foie de veau avant de la remettre au frigo

Et que le foie de veau sera servi lors du repas dominical en famille ! Bon appétit à nos auditeurs qui petit-déjeunent. Honnêtement on se demande si Gallimard publierait un texte pareil si un inconnu l’envoyait par la poste aujourd’hui. 

Je cite : « Ai-je mentionné que lorsque j’avais quinze ans je l’avais sortie de mon pantalon et m’étais branlé dans l’autobus 107 en revenant de New York ? » (Citation tirée du chapitre « Fou de la chatte » !) #BalanceTonRoth !! Ne parlons même pas du « Sein » (1972), où David Kepesh le héros est transformé en nichon géant comme le cloporte de la Métamorphose de Kafka, et de « Professeur de désir » (1977), roman qui raconte la vie amoureuse du même personnage, professeur de littérature « studieux le jour et la nuit licencieux » ! 

Le message de Roth c’est que notre corps est incontrôlable. Il le dit aussi - plus gravement - dans ses derniers romans, « Exit le fantôme », « La bête qui meurt » ou « Everyman », sur la maladie, la vieillesse et la mort. Nous aimerions tout contrôler mais tout nous échappe. Philip Roth n’annonçait jamais de bonnes nouvelles, et c’est ce qui faisait sa grandeur. Une chose est sûre : le monde actuel est de moins en moins libre…en particulier depuis hier.

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