Envoyez la musique bien fort !

MUSIQUE « Rhapsody in blue » de George Gershwin

Nous sommes sous le pont de Brooklyn. L’image est en noir et blanc. Un écrivain tombe amoureux de Mariel Hemingway et on entend « Rhapsody in blue » de George Gershwin et oh my God ce que c’est beau.

J’avais 14 ans et ce film a changé ma vie. Sorti en 1979, « Manhattan » est le film de lui que Woody Allen aime le moins. Il est vrai qu’on peut lui préférer juste avant, « Annie Hall », qui est aussi une comédie romantique mais dont la construction est plus originale, ou peu après,  « Zelig » en 83 : un faux documentaire inégalé sur un homme-caméléon imaginaire. J’ai vu tous les Woody Allen, il y en a 53, et j’ai hâte de voir « Wonder Wheel » dès sa sortie le 31 janvier prochain. Et aujourd’hui comme beaucoup de membres du Woody Club, je suis bien embêté. Ce soir au cinéma Christine, 4 rue Christine Paris 6 eme, il y aura une drôle d’ambiance à 20h30 quand Ava Cahen projettera « Midnight in Paris » devant le fan-club français du génie nouvellement maudit.

Depuis que, la semaine dernière, sa fille adoptive Dylan Farrow a réitéré ses accusations d’agression sexuelle sur la chaine américaine CBS, les amoureux de Woody Allen subissent une pression infernale. Ses acteurs le renient, disent qu’ils regrettent d’avoir travaillé avec lui, distribuent leur salaire à des associations... Ceux qui ne le renient pas se font traiter de tous les noms. Amazon, qui a produit son prochain film « Rainy day in New York », va peut-être le sortir directement en ligne et non en salles aux Etats-Unis.  Mais ses producteurs pourraient aussi décider de ne pas le sortir du tout comme Netflix avec le film de Louis CK. Ou d’effacer Woody Allen de tous les films où il apparaît, pourquoi pas ? Ridley Scott l’a bien fait avec Kevin Spacey sans choquer personne, à part le courageux Jacques Mandelbaum du Monde… Ou bien des manifestants pourraient tenter d’empêcher les projections des films de Woody comme avec Polanski à la Cinémathèque ? En tout état de cause, il va devenir très compliqué pour Woody Allen de réaliser de nouveaux films. A moins de venir vivre en France ? 

Mais oui, c’est ça la solution :

Woody Allen, choose France ! France is back, Woody ! France is great again !

En France nous savons distinguer la vie personnelle de l’auteur de son œuvre. Depuis que Proust a écrit « Contre Sainte Beuve », nous savons que, je cite, « L'homme qui fait des vers et qui cause dans un salon n'est pas la même personne ». Oui, il y a deux Woody : et l’homme privé ne nous regarde pas. A la rigueur il regarde la justice de son pays, qui l’a déjà innocenté deux fois. Mais nous pouvons, et devons, séparer l’art de l’artiste.

Le pire c’est que la folie actuelle ressemble à ce que Woody Allen a raconté dans tous ses films : au fond, il a toujours dit que vie est absurde, qu’elle ne tient qu’à un fil, que rien n’a de sens et que tout s’arrête sans raison, alors Whatever Works, ce qui marche pour vous est bon, le reste on s’en fout, on va tous crever, le monde est un chaos incompréhensible.

Extrait Annie Hall « LIFE IS FULL OF MISERY AND LONELINESS AND SUFFERING AND IT’S ALL OVER MUCH TOO QUICKLY »

J’imagine ce que doit penser Woody en ce moment : l’éternité c’est long, surtout vers la fin.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.