Frédéric Beigbeder attend la naissance de son fils, qui tarde un peu. En attendant, il lui a écrit un poème - un détournement du célèbre « If » de Rudyard Kipling.

Cher fils, je suis à Lausanne en attente de ta naissance. Ta mère étant à moitié suisse, j’ai bien peur que tu ne sois pas pressé d’arriver. D’ailleurs le troisième héritier du prince William t’a pris de vitesse lundi dernier. N’étant pas roi d’Angleterre, c’est vrai qu’il n’y a pas le feu au lac. Mais tout de même ce serait tip top que tu te décides et ça arrangerait notamment mes employeurs de France Inter. En attendant je t’ai écrit un poème. 

Il s’agit d’un honteux détournement de « If » de Rudyard Kipling. 

Si tu peux voir une attaque à main armée

Sans être lâche ni ridicule,

Au bar du Ritz, un soir de janvier

Avant de finir ton Moscow Mule ;

Si tu peux tomber amoureux comme un fou

Sans insister lorsque l’amour te repoussera ;

Si tu connais le prix de tout

Et la valeur de ce qui ne s’achète pas ;

Si tu peux tondre ta pelouse en buvant de la bière,

Nouer une cravate sans regarder ta glace,

Te réveiller à côté de la même femme, été comme hiver

Sans flipper comme un gros dégueulasse ; 

Si tu peux jouer au tennis un lendemain de teuf,

Si tu peux lire en entier des romans de Le Carré

Jouer au strip poker devant les plus belles meufs,

Et quand t’as une paire, faire croire que t’as un carré  ; 

Si tu sais admirer le soleil qui se couche

Sans proférer de bêtises métaphysiques,

Éviter de raconter tes rêves avec ta bouche

Et ne jamais poster de tweets politiques ;

Si tu sais tuer une araignée

Et même des insectes bien pires

Si tu sais porter les valises sans râler

Et, sans agressivité, faire rire ;

Si tu sais lire les journaux sur papier

Et régler ton rétroviseur

Si tu sais cuisiner un magret

Et aux radars ne pas faire de doigt d'honneur" 

Si tu sais aimer sans tromper,

Et partir avant de mentir,

Etre fidèle sans t’emmerder,

Et donner du plaisir avant de jouir ;

Si tu n’es jamais violent mais toujours fort

Si tu sais que le courage est de savoir dire non

Mais avant tout de reconnaître ses torts

Et aussi de dire aux cons qu’ils le sont ;

Et si à ton tour tu te retrouves père

- Dans trente ans s’il te plaît, je ne suis pas pressé -

Il faudra que tu saches fixer des repères

Mais surtout changer les couches sans stresser ;

Alors tu seras digne du sexe masculin

Et tu seras le roi du french kiss

Quand tu seras viril tout en restant féminin,

Tu seras un homme, mon fils. 

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