En ce 30 août Frédéric Beigbeder fait un bilan de l’été 2018

Il ne s’est pas passé grand-chose cet été : la France a gagné la Coupe du monde de football, un garde du corps du président de la République a tapé sur des gauchistes, Nicolas Hulot a démissionné juste avant l’Apocalypse, enfin bref, la routine. Je voudrais revenir sur la tragédie la plus importante de l’été : cette bagarre entre Booba et Kaaris, deux rappeurs de 41 ans et 38 ans qui se sont tabassés à coups de parfum Chanel dans le duty-free de l'aéroport d'Orly. 

Deux garçons très intelligents qui ont ainsi pu passer 23 jours à l’ombre, alors que le reste du pays chopait des insolations pendant la canicule. Wesh, frère, au calme, bien ouej, ma gueule. Il est vrai que Booba est un grand poète, avec des vers comme « Montre en diamant, lunette de soleil, sors les kalash comme à Marseille ».  Quant à Kaaris, il est l’auteur romantique de : « La kalash va faire pleuvoir du métal, t’es à l’hôpital c’est juste une escale ». On voit qu’ils étaient amis à une époque, ils ont une obsession commune qui est de faire l’éloge des fusils mitrailleurs russes. Et stylistiquement, ils sont également proches, avec ce même sens de la césure à l’hémistiche qui en fait une sorte de truchement entre Alfred de Vigny et ma fille de deux ans quand elle crie « caca boudin » - en moins mignon. Je ne sais pas ce qui me retient de faire davantage de vannes sur Booba et Kaaris…

La peur, peut-être ?

C’est vrai qu’ils ont été libérés la semaine dernière…

Booba a un grand talent car je tiens à mes dents, Et Kaaris nique sa mère quand il fait des vers. L’art de la sémantique n’empêche pas les low kicks. Ni d’écrire de belles strophes sur les kalachnikovs ! 

Moi dont l’œuvre a déjà été citée dans des lyrics de Nekfeu et Lomepal (eh wesh ma gueule, j’suis dans l’game) eh bien en cette rentrée littéraire, je me prends à rêver : pourquoi n’y aurait-il que les rappeurs pour organiser ce type de baston marketing ? Par exemple les éditions Stock pourraient organiser un combat de catch dans la boue au Café de Flore entre Séverine Servat de Rugy et Emilie Frèche qui sont très fâchées par le livre de cette dernière, pourtant intitulé « Vivre ensemble ». 

Pour en revenir à Booba et Kaaris, savez-vous pourquoi ils se sont battus ? C’est - paraît-il - parce que Kaaris a refusé d’injurier Roff et La Fouine, d’autres rappeurs fâchés avec Booba, qui m’a tout de même l’air un peu soupe au lait, celui-là. Et ils ont tout détruit à Orly pour si peu ? Mais si le milieu des lettres était comme ça, je serais mort depuis longtemps ! Je me serais fait massacrer par Aurélie Filipetti, Jérôme Ferrari et Maylis de Kerangal à coups de Petit Robert sur ma tête à la sortie du « Masque et la Plume » dimanche dernier ! Au fond, ce qu’il y a de bien avec la marave littéraire, c’est qu’elle ne se termine ni à Fresnes ni à Fleury, mais sur la liste du Goncourt et du Renaudot. 

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