Il y a 10 jours encore j’étais en vacances avec ma femme et ma principale préoccupation était de trouver comment arrêter de me faire avoir sur les tâches ménagères. Je fais 90% des lessives, 98% des courses, 99% des repas, et le ménage, je préfère pas en parler sinon je sens que Catherine Boullay va appeler la DDAS pour me placer en famille d’accueil !

Je me disais : mais comment faire pour avoir l’égalité homme/femme dans un couple femme/femme, jalousant les hétérotes forte de 60 ans de luttes féminisme quand je suis rentrée à Paris et me suis du même coup reconnecté au monde réel.

Pour me réadapter en douceur à la vie urbaine, je suis allée au cinéma voir 50 Shades of Grey je m’attendais à voir Martine à la plage, version Martine s’initie au SM, mais en fait non ce film c’est bel et bien l’histoire d’un pervers narcissique destructeur qui harcèle et torture psychiquement une jeune femme, refaisant sa garde-robe à sa guise, décidant qui elle a le droit de fréquenter, et, malgré ses protestations à elle, qu’il réussit à convaincre qu’en réalité elle ne demande que ça ! Et oui c’est bien connu les femmes adorent se faire sadiser !

Pour brouiller les pistes, toute l’attention se porte sur les coups de fouets bisounours et les menottes en fourrure fourrée, comme si le soft-porn était encore sulfureux en 2015…

Et bien sûr le film ne dérange personne puisque le héros est sexy, jeune, blanc, et surtout millionnaire. Mais imaginez le même scénario à la cité des 4000 avec un vieux barbu au RSA et en djellaba qui prend le contrôle d’une jeune femme sublime et innocente : il choisit ses fringues pour elle, décide quels amis elle a le droit de voir, et contrôle ses faits et gestes en la géo-localisant H24… Mais la meuf adore ça !

Je pense qu’avec cette version Elisabeth Badinter aurait déjà écrit 4 articles pour dénoncer l’horreur du patriarcat dans les banlieues et que tout le monde aurait hurlé au scandale cinématographique !

Mais là non, aucun problème.

La preuve 50 Shades of Grey est même adapté en France, mais pas au cinéma, non, dans la vraie vie, bon l’acteur s’appelle DSK et il a les abdos bien dissimulés derrières 50 shades of gras, et dans son procès à lui, la seule chose qui intéresse les juges est de savoir s’il était au courant ou pas qu’il se tapait des putes, bon déjà, lol !

Et tandis que le vrai gros problème c’est le fait qu’il ait violé ces femmes, et qu’on soit pute ou PDG de L’Oréal, pardon, mais un viol c’est un viol et en l’occurrence, une femme que deux hommes tiennent de force en lui mettant de la crème de jour sur l’anus pour la sodomiser sans son consentement, ça s’appelle du viol non ?

Oui d’accord peut être… Mais on s’en fout c’est pas le sujet, enfin ! Nous ce qu’on veut savoir c’est si il était au courant que c’était des putes !

Le lendemain, j’apprends qu’une femme s’est fait elle aussi violer dans le RER D devant de nombreux témoins et sans que personne ne bouge. En même temps, qu’on aille au cinéma ou qu’on suive l’actu, le message est clair: une fille qui dit non c’est une fille qui dit oui… Alors pourquoi s’insurger quand ça se passe sous nos yeux ?

Dépitée, je suis rentrée chez moi, ma femme avait encore oublié d’étendre le linge et de faire la vaisselle, mais pour cette fois au lieu de l’engueuler je lui ai collé un gros bisou, parce que finalement, me plaindre des problèmes d’égalité femmes-femmes dans mon petit couple, à côté des problèmes d’égalité hommes-femmes dans la société française, c’est comme si je me plaignais d’un rhume à un copain qui aurait chopé Ebola !

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