Jonathan Lambert prend ses marques à Radio France. Mais il se perd encore dans les couloirs...

Excusez-moi si j’ai le souffle court. On croirait entendre Gérard Larcher qui vient de parcourir cinq mètres. 

C’est que je n’ai pas encore l’habitude du bâtiment de radio France, plus de 10 hectares dois-je le rappeler et sur 9 niveaux ! Maison ronde mon cul oui ! C’est un train fantôme votre truc.

A 8h25, j’entre dans l’ascenseur. Mon index se pose sur le chiffre 5, mais absorbé par mon texte que je répète en boucle, je sors dès que les portes s’ouvrent sans prendre garde à l’étage desservi. Je ne le connaîtrai d’ailleurs jamais. 

J’avance dans un couloir sombre. Des portes coupes feu s’ouvrent m’invitant à avancer, lesquelles portes se referment aussitôt sur mon passage. Me voilà à un carrefour desservant trois couloirs. Je prends celui de droite, est-ce par sensibilité politique, ou simplement parce qu’il sent un peu moins la pisse ?

Au fil des mètres, les néons grésillent puis s’éteignent. Là, une souris se faufile, ici, une blatte se défile … ! Mais personne d’autre que moi. Si j’aperçois au loin une silhouette. C’est Laurent Goumarre. « Excusez-moi Laurent je cherche le studio 511 et je crains de m’être trompé d’étage ! ».

Et Goumarre de répondre « Je passe à 22h00, mais j’arrive toujours 14 heures en avance. Après 20 ans de maison, jamais réussi à trouver du premier coup. Allez, Bon courage ! » me lance-t-il un brin taquin avant de s’engouffrer dans une trappe pour ramper le long des conduits d’aération. Il devrait arriver ce soir.

J’avance encore, des toiles d’araignée s’accrochent à mes cheveux, et comble de l’effroi, je tombe nez à nez sur une momie parée d’une écharpe blanche. Depuis combien de temps est-il ou est-elle là ? Une gourmette en argent à ce qui reste du poignet me donne la réponse : je peux y lire un prénom : « José ». Mon dieu mais c’est évident ! José Artur messieurs dames ! José Artur (et son pop club) ne nous a pas quitté en janvier 2015 comme on a voulu nous le faire croire. Il était perdu comme tant d’autres animateurs dans ces interminables couloirs et a péri. Je le sais maintenant, je le sens, je serai le prochain.

Plus loin, un vieux piano désaccordé joue tout seul. Je reconnais autour du clavier des ectoplasmes célèbres. Macha Béranger fume clopes sur clopes. Le fantôme de Jean Louis Foulquier se dandine une bouteille de rhum à la main, qu’il partage avec son ami Jacques. Ils sont ivres de joie ! Jean Louis titube et Jacques Chancel.

Ils sont beaux, j’aurais dû les prendre en photo …

Je pousse encore une porte, elle est lourde, je vais jusqu’à donner des coups d’épaule comme dans les films hollywoodien … sauf que nous sommes à Paris, dans le 16ème donc ça fait mal à l’épaule. N’essayez pas. La porte cède enfin.

C’est un passage secret qui mène aux autres radios. Un tunnel creusé 10m sous terre qu’on appelle … le Mercato ! C’est ici que Patrick Cohen a fait ses allers retours. Et chose surprenante j’aperçois Thomas Piketty qui s’apprête à rejoindre … Fun radio ? Il l’avoue un peu honteux : « Oui j’aime Dua Lipa, j’ai bouffé du Marx pendant 50 piges, j’en ai marre du capital, je veux du Physical ! ».

Alors, au gré de la musique lointaine et dans une démarche improbable, l’économiste s’enfonce dans la nuit bougeant son boule au rythme du tube planétaire. 

A ce train là, il n’est pas impossible de voir débarquer Laure Adler sur NRJ et Bernard Montiel rejoindre le Masque et la Plume la saison prochaine. 

Et après tout, la radio vient de fêter ses cent ans. Alors à son âge, pourquoi se priver ? 

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