Ce matin, je suis concrète ! Parce que moi, souvent je blabla sur les lois... et j'oublie qu'un jour les réformes, elles sortent de l'hémicycle pour arriver paf ! dans la vie.

Et c'est donc à cette rentrée, que voici enfin les effets concrets des deux réformes  votées il y a deux ans, à savoir la réforme du bac et la réforme de l'orientation après le bac, arrivés paf dans la tête, de mes neveux. 

Chez deux d'entre eux :  Elea et Mathieu 

Allez, commençons par ma nièce Elea qui, arrivée en 1ère, se confronte à la réforme des lycées. 

Le principe de cette réforme : c'est que c'est fini ces sclérosantes des filières L, ES, S... dans lesquelles les élèves ne pouvaient exprimer leur individualité. 

Non désormais, grâce à la réforme, l'élève peut choisir dans l'école, comme un supermarché, les modules de son choix. 

Le ministre l'a dit : c'est plus de choix, car l'élève enfin prendre les spécialités qu'il veut. 

Oui, sauf que les profs ont prévenu : attention, ça va pas hypermarché pareil dans tous les lycées, il y aura des inégalités, car les établissements ne pourront pas tous proposer la même chose. Des élèves choisiront donc par dépit... 

Et effectivement dans le cas d'Elea les trois spécialités qu'elle visait en 1ère c'était Anglais renforcé, Histoire-Géo et SVT.

Mais à la place de SVT on l'a obligée à prendre l'option humanité. 

Moi au début, j'ai cru que c'était à cause l'ensauvagement des jeunes...

Et j'ai dit à Eléa : Ben, oui mais vous êtes devenus tellement des sauvageons, les jeunes, que l'école est obligés de vous enseigner de l'humanité... donc ça doit être des initiations à l'empathie, des ateliers de bienveillance... tout ça. 

Et en fait, non, rien à voir  : le module « humanité » c'est juste le nouveau mot pour dire littérature.

Et si Elea a été obligée de prendre littérature plutôt que SVT, c'est juste que  dans son lycée, le triptyque de spécialités qu'elle voulait, n'existe pas

Et ça, ça fait un peu peur à Elea., car Elea sait bien qu'en fonction des options choisies, après le bac, des portes lui seront ensuite ouvertes ou fermées. 

Donc Elea prie pour que l'option prise par dépit ne lui barre pas la vie... avec Parcoursup. 

Car Parcoursup, c'est  l'autre grande réforme de l'enseignement

Le nouvel outil qui permet d'attribuer des places aux étudiants après le bac. Et qui rend un peu la vie compliquée à mon neveu Mathieu.

Mathieu a eu son bac en 2017, il commencé une licence de SVT. Mais après  un accident, et un peu d'errance, il se fait embaucher en tant qu'animateur péri-scolaire dans une école maternelle,. 

Et depuis deux ans, il se rend compte qu'il adore ces petits humains à qui, quand il pose la question « Et à part le rose, tu connais quoi comme couleur ? » lui répondent « Euh, la banane ! »

Voilà, il le sait qu'il veut travailler avec ces gens pour qui la banane est une couleur. 

Il postule donc cette année en science de l'éducation, avec un dossier bof, mais comme il voit que Parcoursup lui demande une lettre de motivation et qu'il sait que la sienne est très forte car son parcours le prouve... il ne met que ce vœu-là. 

Evidemment il ne l'a pas : Ignorant ! Comme si Parcoursup lisait les lettres...

Moi aussi j'ai eu envie de lui jeter la pierre... Puis j'ai réfléchi. 

Car rappelons que Mathieu a eu son bac il y a 3 ans, à un moment où Parcoursup n'existait pas. Car il y avait le système APB (admition post-bac) qui fonctionnait selon le principe des mariage stables. 

Les  établissements classaient les dossiers des élèves selon leur niveau. 

Mais les élèves aussi classaient leur vœux selon leurs envies.. 

Et mettre un vœu en 1er ou un seul vœu, à ce moment là, ça avait du sens. 

Car l'algorithme APB proposait les meilleures alliances entre les souhaits des établissements et ceux des élèves. 

Mais ça c'était avant. 

Car dans Parcousup, désormais seuls les établissement classent les élèves. Les élèves ne peuvent plus classer les établissement selon leur envies.

Un élève ne peut plus dire : moi je préférerais faire ça, car c'est ça qui me motive. 

Donc désormais, les élèves du milieu se retrouvent souvent face à une plateforme sourde à leur envies, qui ne leur propose  souvent que leurs choix secondaires qu'ils acceptent pour certains par dépit... bloquant les envies des autres élèves qui feront à leur tour des choix par dépit.. .dans un joli domino de gâchis.

Et voilà comment en l'espace de deux lois, que ce soit avant ou après le bac, beaucoup d'élèves désormais se rabattent sur des enseignements au lieu de les choisir, pour répondre, je ne sais, au marché du travail ou aux économies.

Et éteignent en eux leur meilleur moteur qui soit... l'envie ! 

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