Depuis l'épisode Covid, le nombre de personnes en précarité a fortement augmenté et les associations qui les aident ne peuvent pas tenir.

Ali Rebeihi : Nicole, on me dit que vous êtes nuancée ! 

Nicole Ferroni : Oui, écoutez Ali, aujourd'hui, je voudrais nuancer mon propos de la semaine dernière. Car vous savez, la semaine passée, je disais que désormais, je faisais plus l'effort d'acheter plus local. Je disais : mais c'est mieux d'acheter locaaaal plutôt que d'acheter pas local, sans me rendre compte que ça demandait déjà de pouvoir acheter tout court. 

Donc d'avoir un porte-monnaie avec de la monnaie, et des revenus qui ne soient pas partis ! 

Or, après ma chronique du mercredi, en promenant mon chien Monique, je passe devant une salle polyvalente à Aubagne, et  je vois là, une longue file de personnes venues chercher des colis alimentaires. C’est-à-dire gens qui n'avaient pas, comme moi, le choix de se demander : « On achète local ou pas ? » .

Car faute de revenus suffisants, c'est sur le don de particuliers et d'associations que reposaient leur pain quotidien. Et moi, parmi ces associations, il y en a une que je connais bien puisque je devais animer leur soirée caritative de ce vendredi 15 mai, c’est le Secours Populaire. 

Et à défaut donc de pouvoir les « marrainer », j'ai appelé leur chef, Jean-Marc Grégoire (que moi, j'appelle plus Jean-Marc que Grégoire). Et je lui demande : Oh, Jean-Marc, comment ça va ? Et il commence à me parler de sa vie à Roquevaire, de son jardin. Et moi, je lui dis : non, mais Jean-marc, la situation. - Ah la situation, Nicole... ah ben non, là, ça va pas trop. Et il m'explique. 

Car Jean-Marc participe chaque mercredi, en visioconférence, avec les autres acteurs sociaux de la ville, à la cellule de crise où se retrouvent CCAS, MDS et autres sigles en S et toutes les associations majeures de la ville. 

Et tous le constatent : depuis l'épisode Covid, le nombre de personnes en précarité a fortement augmenté. 

La chef des Restos du Cœur, Lili, le dit : des familles qu'elle n'a jamais vues viennent désormais chercher à manger. Alors, on pourrait se dire : Oui, ben, c'est le propre d'une crise. Une crise c'est un gros accident. Ça fait des blessés, des jambes cassées. Et c'est justement le but de ces associations-béquilles de pouvoir s'appuyer sur elles en cas d'accident. 

Comme on le fait sur une béquille quand on se casse la jambe. Oui, c'est vrai ! Sauf que moi, je ne sais pas si je vous l'ai dit, mais pendant un mois et demi, j'ai été confiné avec un petit garçon qui s'appelle Marin, et qui a une béquille. Il a été opéré de la jambe, et il boîte. Et sa mère, Sophie, souvent, elle lui dit : Marin, pose ta béquille ! tu dois pas t'appuyer tout le temps sur ta béquille, car c'est à tes jambes de te porter ! Si vous voyez ce que je veux dire. Vous allez me dire  : Aha ! vous voulez dire que tous ces assistés, ils feraient mieux de s'appuyer sur eux-mêmes plutôt que sur les assos. 

Mais non, pas eux, l'état ! Car aux gens, on peut leur en vouloir d'être précaires : personne n'a envie de dépendre d'un colis alimentaire. Mais l'état, et les collectivités territoriales, qui sont l'ossature de notre pays, est-ce-qu’il est normal qu'ils se reposent à ce point sur les béquilles? 

Car, à l'échelle locale, à l'arrivée de l’épidémie, de nombreuses mairies ont fermé leurs accueils d’urgence, laissant les gens et les associations, seuls, devant une plaie ouverte sans pansement. A l'échelle nationale, alors qu'on aurait pu espérer que l'état aille vite chez le kiné pour réapprendre à marcher, même pour faire un petit pas, on apprend que le gouvernement vient de repousser l'idée de suspendre les frais bancaires des plus démunis durant la crise. Et bref, on continue de se défausser sur les béquilles, occultant qu'elles devaient être une aide d'appoint, mais pas le soutien central, et que ce n'est pas à elles de prendre en charge la fracture sociale. 

Surtout que les béquilles ne sont pas épargnées par la crise. Je vous l'ai dit, je n'animerai pas la soirée du 15 mai, car les assos aussi doivent suspendre leur activité, d’autres sous viendront à manquer, alors que les besoins sont croissants. 

Donc quand ces béquilles, ce personnel soignant de rue, sans blouse ni moyen, prévient : Attention, nous ne tiendrons pas, ça va casser ! Il faut le croire. Car en certains endroits, c'est déjà le cas. A Marseille, le collectif, Entraide 3e, vient de raccrocher sa permanence téléphonique, et se sentant aussi indispensable qu’abandonné, il signe son communiqué par « Cela n'est pas tenable. Nous ne pouvons pas nous substituer pendant des mois durant à des pouvoirs publics qui n'assument pas leurs devoirs ». 

Preuve que, pour les béquilles en ce moment, la précarité, ça leur fait autre chose qu'une belle jambe ! 

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