La nouvelle de la prolongation du confinement rend Nicole Ferroni, nostalgique de ses venues à Paris. En revanche, elle ne regrette pas le "manspreading" dans le métro, même si elle est reconnaissante à ces messieurs de l'aider à mieux comprendre ce qui se passe aujourd'hui avec les animaux qui retrouvent leur planète.

On me dit que vous êtes très nostalgique. 

Oui, c'est vrai. Écoutez maintenant, que je sais qu'on est confinés jusqu'au 11 mai, forcément, je commence à être nostalgique et je repense à mes collègues de France Inter, et à vous Ali, et vos cheveux fougueux et ce crâne rasé si lumineux de Laurence Bloch. A moins que ce soit l'inverse. Oh, je ne sais plus. 

Vous savez, il y a tellement longtemps que je ne vous ai pas vus. En tout cas, que ça soit la moquette rouge, le grand hall ou mon petit badge : tout me manque à Radio France. Sauf peut-être les trajets du métro. Parce que c'est vrai que de se retrouver les mercredis matin écrasée par des malpolis qui se déployant bien grand la cuisse, et le zizi dans le métro, ça, je peux vous dire que ça ne me manque pas trop. 

Le manspreading, ça s'appelle ce phénomène. D'ailleurs, speading en français se traduit littéralement par "étalement masculin". Et qui consiste en quoi ? Au fait que souvent, des hommes dans les transports publics ont tendance à adopter une posture déployée, c'est à dire à étalée de cuisses et de paquets et occupent ainsi un espace plus large que leurs sièges au détriment des autres usagers. Donc, de qui donc ? De moi ? Et voilà pourquoi le métro, et les hommes malpolis, ne me manquent pas du tout.

En revanche, si le manspreading ne me manque pas, je viens de découvrir qu'il m'aide à mieux comprendre le monde en confinement

Oui, de façon totalement insoupçonnée. Et alors que je suis confinée, que je ne croise plus de malotrus, eh bien je vois que c'est à ces malpolis du métro, que je me dois de comprendre les choses incroyables que l'humanité rencontre en ce moment. 

Car oui, même si l'humanité ne sort pas de chez elle, car en ce moment, car en ce moment, elle est confinée, elle fait des rencontres incroyables. Et pour cela, il suffit de lire les journaux pour le voir. 

Oui, en ce moment, à Paris, on rencontre des canards qui arpentent les rues comme des piétons. À Boissy-Saint-Léger, des cerfs ont été vus se balader en ville en pleine journée. A Menton, il y a eu ce requin en bord de plage, et chez moi, cette semaine, dans les eaux de Cassis et de Marseille, c'est carrément deux rorquals qui ont été aperçus. 

Oui, deux rorquals, c'est à dire deux baleines de 20 mètres, deuxième espèce la plus grosse du monde, qui était là. Là où j'ai l'habitude de me baigner, moi, avec d'autres humains pas loin du Cap canaille et qui, n'étant gênés par personne du fait du confinement, se baignaient chez moi. 

Chez moi, non chez elle ! Je dis chez moi, mais c'est vrai que c'est chez elle parce que moi, je n'ai pas de nageoires

Donc évidemment que l'eau, c'est plus le domaine des baleines que le mien. Mais c'est vrai que quand ces baleines ne sont pas là, eh bien moi, dans cette eau, je me sens chez moi et d'ailleurs, je dis : "je me baigne à MA plage", je dis que des fois, "je visite MES calanques" et qu'il m'est arrivé de prendre le ferry pour traverser Ma Méditerranée. 

Et ce faisant, je n'avais pas vu que je faisais exactement comme le malotru du métro. Oui, comme le malpoli s'étale sur le siège du voisin, moi, je m'étalais dans cet espace qui n'était pas le mien. Et je ne faisais pas de manspreading, évidemment, puisque je n'ai pas de zizi à étaler. Mais je faisais du humanspreading pas de l'étalement de l'homme, mais de l'étalement de l'humain.

Et ainsi, avec mes congénères, on fait à la planète ce que le malpoli fait dans le wagon. On prend l'espace des autres espèces, on les pousse contre la vitre, on les relègue dans le couloir, on les met sur les strapontins, voire on s'assoit dessus. 

Et parce que j'ai occupé l'espace de ces animaux, ces animaux n'étaient plus là parce qu'ils n'étaient plus là, moi, je croyais que chez eux, c'était chez moi, alors que non, c'est pas chez moi. Quand je me baigne, je suis chez ma voisine la baleine et ce n'est pas mon siège que j'occupe, mais le sien. 

Et aussi celui des requins de Menton, des dauphins revenus en Sardaigne. Et on occupe aussi le siège du cerf, celui du gorille. On a définitivement volé la place du rhinocéros blanc et on met chaque jour des tas d'animaux menacés sur un strapontin. Et parce qu'on prend la place de tellement d'espèces sans aucune politesse, je me dis qu'il est peut être normal que nous ayons vu grignoter en plus la place menacée du pangolin la vie et enfin eu l'idée de nous faire descendre du train.  

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