La répression des fraudes a annoncé qu'elle fermerait provisoirement les yeux sur les écarts entre étiquettes et produits. Et cela chiffonne pas mal Nicole Ferroni.

Oui, je suis perdue par cet adage « en avril ne te découvre pas d'un fil, en mai fais ce qu'il te plaît » car j'ai l'impression que certains font tellement ce qui leur plait qu'au lieu d'un peu se dénuder, d'enlever juste leur col roulé, ils ont fait péter leurs étiquettes.

Oui, que ce soit sur les habits, dans nos frigos, en charcuterie ou en politique, à l'Assemblée Nationale, des étiquettes ont sauté cette semaine, puisqu'on apprend simultanément que d'une part : 

1) En politique : deux nouveaux groupes à l'Assemblée Nationale viennent de se créer engendrant d'un coup un gros changement de 34 étiquettes de députés.

2) Et dans le même temps, on apprend dans l'agroalimentaire, La Direction générale de la concurrence consommation et répression des fraudes (D.G.C.C.R.F) confirme que, pour pallier les problèmes d'approvisionnement liées au Covid, pourront être mis sur le marché des produits dont les étiquettes ne correspondent pas.

Autrement dit, le flou d'étiquette d'habitude totalement illégal sera permis un temps ! 

Pourtant d'habitude, les étiquettes sont des choses précises

Sur un pâté, il est écrit : porc 100% français, comme sur un député, il est écrit : député 100% Modem. Car ce sont les étiquettes qui permettent justement aux gens de savoir dans quel rayon ranger le produit, que ce soit le pâté ou le député. Car l'étiquette est un élément de repère.

Vous allez me dire : "Oui mais bon, au final qu'est-ce-que ça change concrètement, Ferroni, ces problèmes d'étiquette ?"

Et bien, ça dépend si c'est une étiquette en politique, ou en agroalimentaire, comme en charcuterie. Oui, car même si, politique et charcuterie se ressemblent beaucoup notamment dans leur faculté de créer des chiffonnades, puisque les députés peuvent eux aussi se chiffonner, comme le jambon cru, même si tout ne doit pas être cru de la part d'un député.

Et ben l'usage de l'étiquette en est très différente, selon qu'elle portée par un député ou par un saucisson

En effet, pourquoi ? 

Quelle est la grosse différence entre un saucisson et un député ?

Vous allez me dire : je ne sais pas, la teneur en gras ? 

Non, mais pas seulement... La différence entre un député et un saucisson. C'est qu'un député, ça ne se mange pas, ou pas en entier, ce n'est pas un aliment, ce n'est pas un produit de consommation.

Donc la répression des fraudes ne le contrôle pas, et ne regarde pas la cohérence entre emballage et contenu donc les députés mettent ce qu'ils veulent. 

Et c'est pour ça que, par exemple,  

Le groupe parlementaire crée il y a 10 jours, même si il s'est créé par désolidarisation des autres groupes, il a le droit de s'appeler Ecologie démocratie Et Solidarité

Ou le groupe créé hier, issu de la séparation des autres groupes a le droit de s'appeler « Agir ensemble », avec des députés qui sont donc séparés pour être ensemble. V'est rigolo. 

C'est un peu foufou, mais bon, c'est bon signe car c'est aussi la preuve que les députés ne sont pas tous pas élevés en batterie dans des petites cages électorales hors-sol. Et qu'un député a le droit de se sentir élevé en plein air et de choisir son étiquette que ce soit par opportunisme ou par vrai libre-arbitre.

Alors que pour un saucisson, ou une ratatouille... quelle différence avec un député ? 

Vous allez me dire : ben une ratatouille et un saucisson, ça n'a pas de bras ? 

Oui, mais c'est aussi qu'on s'en nourrit, donc le porc ou la tomate n'a absolument pas le droit, comme le député, de choisir lui-même sa propre étiquette.

Non, ce n'est pas à lui de le faire, mais c'est à la DGCCRF, la répression des fraudes, de vérifier que l'étiquette affichée corresponde bien au produit vendu.

Sauf que voilà, du fait cette crise Covid, les entreprises agroalimentaire ont pu avoir des problèmes d'approvisionnement et donc la répression des fraudes annoncé qu'elle fermerait provisoirement les yeux sur les écarts entre étiquettes et produits. 

Autrement dit, une étiquette pourra mentionner « Origine France » sans que le produit le soit vraiment.

Donc, vous pourriez croire que vous soutenez votre pays en achetant français alors que ça pourrait ne pas être le cas. Et par ce flou de l'étiquette en perdant de l'information, votre achat risque de perdre du sens.

Vous allez me dire  : mais Ferroni, c'est terrible, ça veut dire qu'on va se retrouver avec un caddie flou comme l'assemblée avec des produits dépareillés comme  des députés, nous sommes perdus !

Non justement ! Car la DGCCRF a mis en ligne sur son site la liste précise des produits concernés par les flous d'étiquettes de nos frigos.

Il reste plus qu'à ce qu'elle le fasse pour l'assemblée, ça nous aiderait peut-être à savoir ce qu'on va manger ? 

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