Ce week end, en marge des revendications sincères, des violences hebdomadaires, des marseillaises entonnées à l'uniton et autre Marianne éborgnée, je suis tombée sur ce papier perdu, une feuille égarée, flottant dans la brume des gaz lacrymogènes.

Elle s'est posée délicatement sur le sol jonché de grenades assourdissantes ayant fini de répondre aux "Macron démission" pour laisser place aux débats du moment, “peut-on faire la révolution sans casser des vitrines?“ “Qu'est-ce qu'un vrai gilet jaune ?“ “Y-a-t-il des casseurs professionnels? Avec un CAP d'agitateur-casseur avec ou sans spécialisation pyrotechnique? “ “Faut-il plus de justice sociale? “

Bref à l'heure où des employés de la ville de Paris endossent leurs gilets jaunes de travail pour nettoyer les débris laissés sur place par les révolutionnaires de la veille, je suis tombée sur cette page arrachée au roman d'amitié entre deux hommes que semble-t-il tout oppose : Eric Zemmour et Tariq Ramadan

Et pourtant c'était vraiment là, sous mes yeux, l'amour, en page 23 du JDD.

Zemmour et Ramadan sont copains,… comme cochons n'est peut être pas le mot, mais à en croire les sms exhumés du téléphone de Tariq Ramadan, entre les deux lascars on parle bien... 

Extrait chanson "Un roman d'amitié qui s'élance comme un oiseau, pas une histoire d'amour vacances, qui finit dans l'eau..."

  • "J'aime nos débats francs et virils, comme des matchs de foot. Amitié, embrassade", 
  • "Félicitation pour votre dernier livre, embrassade." "Mes amitiés, je vous embrasse." "Ok belle soirée je vous embrasse". 

Bisous-bisous, 

  •     -  Allez raccroche
  • -        non c'est toi, non toi, 
  • -        non toi d'abord, 
  • -        allez à trois, bisous, 
  • -        perdu t'as dit bisous...

On pourrait s'interroger, se perdre en conjectures, invoquer l'amitié frappant aveuglément ou l'amour, cet enfant de bohème qui n'a jamais, jamais connu de loi, défiant l'idéologie, la politique, la religion et surtout la raison. 

Le hasard d'un regard humide, d'un sourire trop appuyé ou d'une pulsion quasi mécanique. 

Mais, ce serait oublier que ces deux-là étaient objectivement faits pour s'aimer. Ils se rejoignent sur tout ou presque.

Les drames de l'époque qui d'après eux sont : le féminisme,  l'homosexualité, le lobby L-euh-G-B-T-euh et le mariage pour tous. 

Ils partagent cette même propension à se faire passer pour les parias d'un système médiatique qui les a fabriqués. 

Une même capacité à raconter n'importe quoi, à se faire passer pour des intellectuels, à défendre l'indéfendable tant que l'essentiel est là. 

Et l'essentiel, c'est le repli identitaire. 

L'identité musulmane réduite à une lecture littéraliste et simpliste des textes d'un côté. 

Les racines chrétiennes et l'attachement à une France qui commence au baptême de Clovis et se termine au départ de Pétain, de l'autre. 

Eric et Tariq, Zemmour et Ramadan, Zemmadan et Ramamour ne sont que les deux faces d'une même pièce. Du même repli identitaire. Celui qui consiste à placer les racines musulmanes ou les racines chrétiennes au cœur de l'identité. Celle qui consiste à considérer tous ceux qui refuseraient d'en faire autant comme des traîtres acculturés, sans identité sans passé, inconscient du conflit de civilisation qu'ils espèrent tout en le dénonçant. 

Ils ont tellement besoin l'un de l'autre. Tellement besoin d'ennemis déclarés qu'ils ont fini par s'adorer. Conscients l'un et l'autre qu'ils n'existeraient pas l'un sans l'autres et sans tous ceux qui les suivent. 

Et ça si pas de l'amour, c'est quand même bien imité.

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