Ce matin, Sophia Aram se remémore un souvenir de jeunesse...

Je me souviens j'avais 11 ans, armée de mes nouvelles certitudes, mon sac US tout neuf, et mes lunettes triple-foyers de type sécurité sociale, je m'en allais sur le chemin de l'école avec l'envie de dévorer le monde, lorsque je suis tombée nez à bite avec mon premier pénis. 

Enfin un pénis... une molle turgescence entourée d'un pubis broussailleux exhibé par un débile, dont l'œil torve puait l'autosatisfaction transpirante et la frustration honteuse. 

Je n'en avais bien sûr parlé à personne, préférant garder pour moi la peur et le sentiment de honte d'avoir vu ce que je n'aurais pas dû voir. 

Au fil des années, ma fréquentation assidue des transports en commun m'a permis de renouveler l'expérience une demi-douzaine de fois si l'on retire : les tentatives avortées, les micro pénis et les jours de grand froid. 

La seule expérience dont je parlais facilement, fut celle de cet “exhibitionniste amateur“ sur lequel la porte du métro s'était refermée suffisamment rapidement pour que je me demande depuis le quai si l'impétrant n'y avait pas abandonné une partie de sa fierté.  

Je m'étais surprise en train de scruter le sol à la recherche de l'improbable présence d'un prépuce abandonné par ce gland, voire du gland lui même... Enfin... Vous avez compris.

La semaine dernière, ma petite nièce de 13 ans a vécu une expérience traumatisante au cours de laquelle, un adulte l'a suivie avec insistance. 

Elle a eu beau changer de chemin, revenir sur ses pas, rien n'y faisait, l'homme était là continuant de la scruter. Elle est entrée dans une petite boutique, a expliqué au vendeur ce qui lui arrivait, puis a attendu avec lui la venue de ses parents qu’ils avaient appelés.

Ce week-end, ma sœur et moi avons eu une conversation avec ma nièce durant laquelle nous essayé de la rassurer dans un fatras affectivo-féministe entremêlé de principes fondamentaux, du droit à vivre son enfance loin des détraqués et de la banalisation de ces situations qui font partie de la vie. 

« Et oui ma chérie, tu sors de l’enfance, tu veux vivre ta vie de jeune ado, et ton premier contact avec le monde adulte, c’est un connard qui manifeste des pulsions sexuelles sur une enfant… C’est moche, mais ça arrive."

Plus généralement nous l'avons mise en garde, contre toutes les personnes qu’elle allait croiser au cours de son existence et contre lesquelles elle aurait à se protéger : du pervers polymorphe au dragueur lourdingue en passant par le chauffeur de bus qui refuserait de la laisser monter au nom de ses critères de longueurs de jupes, 

“Et oui ma chérie, il semblerait qu’il y ait des abrutis qui pensent que pour être digne de monter dans leur bus, il faut respecter leur dresscode.“ 

Bref, après avoir égrainé nos souvenir d'anciennes combattantes en faisant le décompte du nombre de connards et de pénis croisés, nous avons fini par nous rendre compte ma sœur et moi... que nous n'en avions tout simplement jamais parlé. 

Et c'est nous qui étions en train de rassurer une gamine de 13 ans, qui elle, avait brisé le silence, refusé le sentiment de culpabilité et mis en place toutes les conditions pour se mettre en sécurité. 

Comme quoi malgré quelques invariants, l'époque peut aussi changer en bien.

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